Marie-Eve MESPOUILLE 
Psychologue



 
Nouveaux Articles
 
- Le mensonge chez l’enfant.
- Conte de noël : Panne de batterie.
- Être parent…c’est pas donné
- Le pardon
- Rivalité fraternelle.
- L’inceste revisité par les constellations.
- Trop de télé, trop d’ordinateur, pour RIF Info, septembre 2008
- Le livre, un compagnon pour l’enfant.
              

Le mensonge chez l’enfant.
 
« Qui a fait tomber la potée de géranium de tante Martha ? » Le groupe d’enfants à qui je m’adresse se resserre autour du ballon encore bondissant, pendant que je contemple, navrée, les débris de pot cassé. Puis, comme je toise l’une après l’autre les petites frimousses (d’un air accusateur, j’en conviens), une floppée de « c’est pas moi ! C’est pas moi ! » s’échappent du tas d’enfants, jusqu’à ce que, devant mon regard incrédule, un plus petit s’avance : « c’est peut-être le chat ? »
 
Le mensonge, s’il nous met en colère chez l’adulte car il empoisonne les relations, provoque, quand il est proféré par l’enfant, des sentiments ambivalents. Et c’est bien normal, car il n’a pas le même sens chez l’un que chez l’autre.
 
Tout petit, l’enfant tend à dire avec des mots, des phrases ses représentations du monde : il explique, selon des termes encore inachevés sa perception des choses, des évènements, de la réalité brute qui est à sa portée. Bien souvent le parent s’étonne, s’émerveille de ces débuts de phrases souvent très personnalisés. Les mots d’enfant témoignent de ce succès. Ces comptes-rendus de 2 ans à 5 ans environ sont empreints de poésie. L’enfant y mêle des bribes de la réalité intérieure et extérieure. Parfois, l’entourage s’y retrouve, parfois, il a besoin d’un interprète : une grand-mère, une personne proche de l’enfant, celle qui le comprend le mieux peut l’aider à traduire sa pensée pas encore bien élaborée.
 
Vers 5 ans, l’enfant est plongé dans un monde fantastique, où fantasmes et réalité se mêlent : l’âge du mythe. Les images, parfois démesurées, permettent à l’enfant d’exprimer ses émotions, parfois profondes, parfois confuses. L’enfant n’y mesure pas la conséquence de ces paroles sur nous. Quand il vous dit « je vais te tuer !» il le pense vraiment, c’est une expression de ses pulsions agressives ; il ne mesure pas les conséquences que l’action réelle aurait sur sa vie et sur la nôtre.
 
Pour parler de mensonge, ou de fabulation, on doit être dans une transformation de la réalité, transformation qui peut être consciente ou inconsciente, c'est-à-dire dont le but est parfois caché à la personne.
 
C’est plus tard, vers l’âge de 7 ans - l’âge de raison, que l’enfant peut accéder progressivement à la CONSCIENCE. Il le fait à l’aide de ses parents et de ses éducateurs. A ce stade, on peut commencer à observer un désir de travestir la réalité.
 
A ce stade, vous traiterez le mensonge avec tact et franchise de cette façon :
 
Première règle : dire à l’enfant qu’il se trompe ; vous vérifiez avec lui que ce qu’il dit est inexact, et vous le lui dites !
Deuxième règle : lui dire la réalité, par exemple : « ce n’est pas possible ce que tu me dis ! » Vous vérifiez sa version en le poussant à expliquer de plus en plus, et selon le vieil adage qu’un mensonge n’arrive jamais seul, vous observerez rapidement la confusion chez l’enfant. Cette confusion retentit chez vous également et vous met la puce à l’oreille. Pour rappel, le mensonge dans un système provoque la confusion. Cherchez l’avantage qui découle de la confusion, et vous découvrirez le but du mensonge !
 
Troisième règle : lui dire ce que vous ressentez : « j’ai un doute, je suis triste ! »
Et aussi ce que vous pensez sur le moment : « moi, je ne crois pas cela !»
Bien entendu, vous aurez expliqué préalablement ce qu’est un mensonge, et pourquoi les gens l’utilisent : pour se protéger, pour ne pas faire mal, par faiblesse, pour ne pas être frustré. Remarquez qu’il y a toujours au moins une personne dans l’entourage de l’enfant qui lui a montré comment faire !
 
Quatrième règle : lui donner une tâche de réparation : 1 - pour le dommage causé ; dans le cas de la tante Martha, « tout le monde ramasse les débris et le plus petit est chargé de retrouver le chat ! » 2 – pour rétablir le lien avec l’adulte : un bisou à la fin de la réparation n’est pas superflu, il raffermit le lien qui était brisé par le mensonge.
 
Il n’est pas inutile de rappeler que la confiance s’établit sur des échanges sains et authentiques. Vos enfants et surtout vos adolescents vous en seront reconnaissants.
 
Après plusieurs interventions éducatives de ce type, l’enfant aura compris qu’il est bien plus agréable pour la vie du groupe ou de la famille, d’être le plus exact possible et proche de la réalité ; son état du moi adulte (rationnel) en sortira renforcé, ce qui constitue pour lui un appui pour ses connaissances futures (sortie de la confusion de pensée).
 
Si vous observez que l’enfant continue à mentir, peut-être devez vous vous interroger sur votre système éducatif : êtes vous trop sévère, trop perfectionniste ? Êtes vous constant dans vos repères ? Quel avantage tout le monde tire- t- il de la situation ? Une approche familiale complète permettra sans doute d’évaluer à qui profite le mensonge, quelles zones d’ombres oubliées peuvent être éclaircies. Par exemple : Qui votre enfant vous rappelle t’il ? Que veut-il travestir ? Qu’est ce qui est caché dans la famille de plus profond ? Et pour terminer, de quoi a-t-il besoin au fond ? Comment pourrait-il l’obtenir de façon directe ? Le mensonge répété cache souvent un grand besoin d’approbation, de reconnaissance : comment lui en donner directement ? …
 
Mais rappelez lui avec fermeté que le menteur se retrouve toujours exclu un jour ou l’autre !
 
Et en espérant vous éviter d’avoir à traiter le mensonge chez l’adulte qui est bien plus complexe et difficile à soigner, penchez vous sur vos propres petites imperfections…
              

 
Conte de noël : Panne de batterie.

 
Le dépanneur est passé, il est formel : panne de batterie, l’assurance ne marchera pas ! Me voici coincée dans la ville, encore 4 consultations à finir, et cette rencontre familiale avec les avocats, ça me fait un peu peur. Et si ma voiture ne redémarre pas le soir venu ?
- Vous n’avez qu’à rouler 3O ou 40 km , elle se rechargera suffisamment, me dit l’agent , pour vous permettre de repartir ce soir. Pour la suite, allez au garage la faire changer !
- La faire changer ? Mais ma nouvelle auto arrive la semaine prochaine, je ne vais pas la faire changer ! Mon prochain rendez-vous débute dans une heure… Vite, je ferme la portière, m’engouffre dans mon bolide fumant de ce début d’hiver. Je prends la petite route des carrières, me dirige vers la sortie de la ville et commence les kilomètres salvateurs qui rechargeront ma batterie jusqu’à ce soir. Le paysage givré est des plus magnifiques, dommage que je ne sois pas en vacances ! Ces vacances, d’ailleurs, elles tardent ; ras le bol des soucis, je voudrais tant me reposer…
 
La lumière tamisée du début de nuit m’accueille au retour, juste le temps d’une courte pause avant le travail qui m’attend. Une heure, deux heures, ils n’en finissent pas de parler... Trois heures, la dernière famille arrive, s’installe devant moi ; l’avocat de la partie adverse est en retard, pourtant, il y a de la place sur le parking en face de ma rue ! C’est tendu, je le sens ! Et MA pensée qui ne cesse d’aller vers MON souci de batterie : pourrais-je repartir avec MON auto ce soir ? Ah, MON petit lit douillet, MA tendre moitié et MON souper ! Remarquez comme, dans ces cas là, tous ces adjectifs deviennent possessifs ! Tout cela m’obsède, pendant que je m’applique à faire ma médiation. Plus que deux minutes ; ça y est, c’est FINI!
 
Je remballe mes chaises, mes dossiers et sors derrière la famille qui continue à parler sur le pas de la porte… Dans ces cas là aussi, le temps passé en dehors du cabinet est aussi important que le discussion qui a précédé. Moi, je sens que ma batterie va me faire des embrouilles . A tout hasard, je pose la question presque timidement .
- Quelqu’un aurait-il un câble électrique pour recharger les batteries ?
- Non, me répond – on, mais on voudra bien venir pousser !
- Shit ! J’ai pourtant mis ma voiture en descente, elle ne démarre pas. J’appelle à l’aide ceux que, l’instant précédant, j’avais aidé. C’est ici que le conte de noël commence.
 
Derrière moi et ma petite voiture, dix personnes s’agglutinent : deux parents, un adolescent, deux avocats (heureusement qu’ils n’ont pas leur toge), un voisin tranquille, deux étudiants et un jeune couple qui passait par là. J’entends, dans le silence de mon moteur, les éclats de voix de la troupe qui s’affaire dans la descente. En fin de course, il ne reste plus qu’un homme qui s’époumone… Je pense pour me réconforter : « c’est toujours les plus vieux qui restent ». Sans espoir : ma batterie est morte. Je pense dignement : « je vais donc assurer l’enterrement » . Je remercie la troupe ; je me sens lasse : étonnant comme, dans ces cas là encore, on se sent égal à la machine !
 
Dernier recours, le téléphone : je fais le numéro de ma tendre moitié qui m’attend, je suppose, au bout des 3O kilomètres qui nous séparent . Déception ! Ma moitié qui n’est plus tendre, n’est pas disponible ce soir : foot à la TV, déjà en pyjama rayé, je sens chez lui, comme une envie de ne pas venir se LES geler, même si promesses à la clé… Je pousse le dernier interrupteur qui me relie aux gens civilisés, je croyais. Et je reste seule. Comme la vierge et l’enfant à naître devait se sentir seule quand les auberges fermaient leurs portes à leur arrivée, son époux Joseph et elle ! Pressentant le terme de ma soirée se passer dans la faim, le froid, et, je l’avoue, l’impuissante colère contre la machine en général et le genre masculin – qui – ne – veut – pas – se - bouger en particulier, j’envisage une extrême possibilité : le Maroc ! La voisine, le Maroc, l’hospitalité !
 
La voisine de mon cabinet de consultation est marocaine. Je sonne. Son époux, un galant sexagénaire aux pieds vêtus de babouches m’ouvre à l’ancienne . « Salam Aleikoum ». Jamilla fait irruption de sa cuisine, elle a reconnu ma voix : « c’est le docteur, tu ne la reconnais pas ? ». Au Maroc, avant de parler, il faut d’abord entrer, et s’asseoir : longtemps entrer, et puis, longtemps s’asseoir. En plus, c’est le moment du repas : assis sur des coussins, on m’offre d’abord des dattes, des figues, et puis, peut-être du thé ? « Non merci, on m’attend ! Je suis venue pour un problème… Il n’y a pas de problème, ici, tu fais partie de la famille ! Alors, tu manges, tu veux manger un petit morceau, avec nous ? Voilà, dépêche toi, car cela va être froid ! » Tout le monde me regarde. Justement, il y a là une dame que je ne connais pas. « C’est ma mère, elle est venu spécialement du Maroc, tu vas faire sa connaissance. » La dame me sourit, elle a discrètement remis son voile quand j’apparaissais dans l’entrée .
 
Alors, je m’assieds, et je mange avec la famille ; dans le grand plat, les mains s’activent, c’est comme là-bas. Encore un peu, et je me retrouve comme Joseph, Marie et le nouveau né. Il y a même les rois mage : « Heureusement, le fils Mohammed est mécanicien, et il va arranger ton problème de batterie. Allo, Mohammed, on a de la visite ; et puis aussi la fille, elle nous téléphone justement, tu dois lui dire bonjour. « t ‘es qui, toi » me dit-elle, « et qu’est ce que tu fais chez ma mère ? » Les voisins sont des gens charmants, je dis : « je fais partie de la famille. »
 
On a bien poussé la voiture en babouches jusque sur le trottoir « pour pas que la police te la prenne, demain matin ! » Mais le moteur n’a toujours pas voulu démarrer. Au bout du compte, je prends d’abord le thé, ensuite on me raccompagne avec l’auto du sexagénaire : intérieur cuir, le chaud souffle par la soufflerie, un vrai régal ! Mon époux à moi nous ouvre la porte, 3O kilomètres plus loin, il est toujours en pyjama : bien fait pour lui, sauf que toutes les femmes sont venues m’accompagner pour faire la visite, en pleine nuit : « Joli monsieur, joli jeans ! » dit Jamilla très poliment pour ne pas le gêner . Nous terminons par des petits gâteaux, encore et en cadeau de remerciement, des œufs frais de mes poules. « Oh, des œufs tout frais pour les petits enfants, Rachid, Amir et Rabah, le prince » Ici, les enfants sont tous des princes .
 
Je dis adieu et referme la porte sur la nuit. Mon fils descend de son lit : « qu’est ce qui s’est passé ? » Je réponds : « Rien, seulement une panne de batterie ! »  
              

 
Être parent…c’est pas donné.

 
Les évènements récents : enfants assassinés par leur mère, enfants maltraités donnent à réfléchir. Comment est ce possible ? Et si cela nous arrivait ? Et si cela arrivait à un enfant que nous connaissons ?  
 
Bien sûr, le réflexe du psychologue est de rassurer, de comprendre, d’aider à mettre des mots sur ce qui est arrivé. Il s’agira d’écouter ce que chacun peut dire, au-delà du drame de l’autre, de parler de sa propre existence, de sa propre expérience. Mais dans le dialogue surgissent quelques interrogations concernant la fonction parentale avec la constatation : être parent, c’est pas donné !  
 
Cela n’est pas donné à chacun de grandir : pour être parent, il faut bien entendu être passé par tous les stades de développement soi-même : ainsi imprégné de sa propre histoire, le parent saura à son tour trouver les gestes, les attitudes, les mots et les modèles de comportements nécessaires pour élever et éduquer son propre enfant. Souvent, ces attitudes et comportements paraissent naturels, la personne saura « trouver d’instinct » les attitudes de nourrissage et de protection nécessaire à la survie du petit. Mais, contrairement à l’animal dont le cerveau est achevé au moment de la naissance, l’homme doit continuer son apprentissage pour être apte à éduquer l’enfant. Aux modèles hérités de ses propres parents, il devra intégrer ses propres réflexions, remodelées à ses valeurs personnelles, forgées pendant toute son enfance et aussi son adolescence, période clé.  
 
S’il ne trouve pas dans son milieu les facteurs nécessaires à cet apprentissage :  
- des parents aimant, donnant eux-mêmes l’exemple, ayant des valeurs et des principes éducatifs solides, 
- un environnement sécurisant où trouver stimulations et renforcements pour la croissance,  
- des évènements de vie pas trop traumatisant - la vie par elle-même peut apporter son lot de bonheur, mais aussi de malheur,  
le futur homme devra « rebondir » pour être capable de donner tout cela à son enfant. Et ce n’est pas donné !  
 
Il devra apprendre à réfléchir par lui-même à ce qui se passe, aux besoins de l’enfant aux différents âges, cela va de la nourriture, la façon de tenir son bébé, ses besoins de sommeil, aux questions à résoudre lorsque l’enfant entre en âge de raison : rappelez vous les fameux « pourquoi ? » auxquels on n’a souvent pas de réponse toutes faites. Cela va jusqu’aux normes et aux règles à maintenir coûte que coûte au moment de l’adolescence, lorsque l’enfant s’éloigne et se confronte aux dangers de la société. « Dire non, dire oui » demande à l’adulte de réfléchir par lui-même au sens de la vie et au pourquoi de son existence, et a fortiori au pourquoi il a mis cet enfant là sur terre.  
 
Devant ces responsabilités, il arrive que l’adulte panique et ne sache comment faire.  
 
Heureusement, l’enfant est un excellent professeur pour ses parents : ne montre t-il pas à ses parents le chemin pour donner mieux ou plus que ce qu’il a reçu lui-même ? L’enfant déjà tout petit, par sa présence, ses sourires et aussi ses pleurs, son affection reconnaissante guide le parent. Pour peu qu’il soit sensible et en bon état, l’adulte qui s’en occupe en tiendra compte et pourra évoluer au rythme de la croissance de sa famille : un peu hésitant avec l’aîné, le parent devient souvent plus à l’aise avec le second et les suivants, s’il échet. Cette évolution sera aussi fonction de sa motivation et son désir d’apprendre avec son enfant.  
 
Heureusement, ces cas constituent la majorité des parents que nous connaissons.  
 
Des difficultés ou des exceptions surviennent lorsque le parent a manqué ou manque de soutien dans sa propre famille, dans son entourage, et aussi dans son environnement. Heureusement la solidarité peut venir à bout de ces difficultés : un regard accueillant à une mère débordée au super-marché, un petit coup de main entre voisins pour garder un enfant malade, ou une véritable aide de la part d’organismes agréés agissent pour prévenir les drames vécus au quotidien par des familles. Et les journaux montrent que le domaine de la santé mentale est prioritaire à ce niveau. Etre bien dans une famille nécessite une approche saine, des valeurs constructives, une solidarité de la part de chacun d’entre nous. Les enfants ne sont-ils pas tous nos enfants ? Cette conception nécessite aussi que nous, les adultes, soyons reconnaissants pour tout ce que les autres nous ont apporté pour arriver jusqu’ici et maintenant !  
Mais que pouvons nous apprendre à nos enfants confrontés aux violences de ces évènements ?  
• Apprendre à mettre des mots, sur ce qui se passe, en parler ;  
• Apprendre à réfléchir à la situation : « et si ça m’arrivait, que ferais-je ? » « Et si cela arrive à un copain de mon âge, que ferai-je ? »  
• Apprendre à ne pas juger la personne qui est dans cet état, mais avoir des interventions efficaces : ce peut être un simple appel à l’aide, un signalement…  
• Apprendre à demander de l’aide : Quand l’enfant apprend à demander, il a plus de chance de s’en sortir devenu adulte, car il saura qu’il peut ne pas rester seul dans cette situation, il a le choix !  
• Apprendre le bien et le mal : cela inclut l’interdiction de faire du mal à soi-même et à autrui, nous revenons aux valeurs qui fondent la vie en société.  
 
Bien sûr, comme chez les animaux, (je pense à cette femelle chimpanzé avec des troubles de l’attachement, qui tout à coup avait tué son petit sous le regard ahuri des téléspectateurs) des éléments perturbants peuvent influencer le comportement actuel de l’être humain. Ces éléments doivent être analysés, traités, mis à distance par la personne, ce qui demande une démarche thérapeutique et de soutien. L’approche systémique et familiale est très adéquate en ce qui concerne des drames anciens et transgénérationnels. Mais un soutien de la famille en crise est également intéressant à mettre en place pour les enfants victimes et les proches. Cette démarche fait partie de la prévention de la violence pour les adultes de demain. Quant à l’environnement éducatif, il serait tout adéquat de lui suggérer une petite séance de «tapis magique» pour lui permettre de s’exprimer. Et donc, a vos tapis !  
 

Marie-Eve Mespouille.

              

 
Le pardon.

 
Dés la rentrée à l’école primaire, on apprend à l’enfant doué d’ « âge de raison » à pardonner. Quelles sont les raisons psychologiques qui poussent les parents, les éducateurs ou professeurs à apprendre à l’enfant cette grande attitude du cœur ?  
 
Le pardon est souvent sollicité pour permettre au lien de se rétablir. Les enfants en dispute, dont l’un est devenu la victime de l’autre, que ce soit «fait exprès » ou non volontaire, et l’autre, l’agresseur considéré comme le «fautif» se réconcilient.  
 
Qui dit pardon dit jugement : l’enfant est en âge de comprendre qu’il a été lésé, et qu’un mal a été fait. Le pardon permet notamment la reconnaissance de la douleur de l’autre. Cela passe par une phase d’expression : la petite victime pleure, ou en appelle à l’adulte, « Aïe ! ». Une phase de prise de conscience de l’action génératrice de la blessure, « qu’est ce qui s’est passé ! »; une phase de prise de conscience que c’est par l’action de son propre corps que l’enfant a causé le mal « ce qui s’est passé exactement ! » ; une phase de reconnaissance de l’intention sous-jacente « ce que l’enfant voulait !»; et enfin, après le pardon, une phase de reconnaissance des différents modes qui peuvent être utilisés pour régler les conflits entre les enfants, «ce qu’il aurait pu faire d’autre», ce que nous, adultes, appelons parfois phase de négociation. Ces différentes phases nous apprennent à reconnaître le point de vue de l’autre, mais aussi à asseoir notre propre point de vue dans une société qui en a bien besoin. Elles nous apprennent le respect de l’autre, le respect des lois, le respect de la différence mais surtout la responsabilité.  
 
Le pardon demande qu’il y ait non seulement reconnaissance « je t’ai fait mal»; «je n’aurais pas du le faire»; « je ne savais pas»; «maintenant j’ai compris»; mais il demande aussi qu’il y ait réparation.  
 
La demande de réparation peut venir de la victime, d’un parent, ou d’un représentant de la société (dommage civil). La réparation vient après la reconnaissance, pour permettre de retrouver la sérénité entre les deux protagonistes. Mais elle peut aussi être proposée directement par le petit agresseur : « tiens, je te donne ma balle, pleure plus ! ». L’important est que, dans son cœur, le petit agressé se sente entendu et qu’émotivement, il se sente réparé, à l’intérieur.  
 
Lorsque la faute est très lourde, l’âme de l’enfant est touchée profondément. Il en gardera la mémoire très longtemps, ce qu’on appelle aussi le carnet de timbres ristournes : lorsque la collection est remplie, il y a risque d’un retour brutal du carnet : agression en retour dirigée contre l’autre : verbale, physique ; agression retournée contre soi : symptômes somatiques, mal au ventre, dépression, phobie scolaire.  
 
Chez l’adulte, le pardon pour des fautes graves est plus complexe. Il demande un décentrage de la faute et un mouvement vers la personne. On reconnaît que l’action n’est pas toute la personne et que la personne est un être à part entière. On se décentre pour essayer de comprendre le sens de l’acte, d’appréhender le contexte : pourquoi cela s’est passé ? Pourquoi ? Pourquoi ? Devant le manque de sens, la personne est invitée à prendre de la hauteur, comme un zoom photographique prendrait de la distance, pour éclairer de loin la scène. Ce type de pardon demande de la victime d’être libérée des émotions qui envahissent. Elle demande aussi de prendre conscience de qui est l’autre et exige des capacités de compassion pour l’autre. Si elle n’est pas capable de pardonner, la personne peut investir son énergie dans une activité qui a à voir avec son état de victime, et transformer le mal, la douleur, en satisfaction d’aider les autres. Nous avons autour de nous en Belgique des exemples récents de telles démarches.  
 
Pour Tim Guénard, auteur du livre « plus fort que la haine* », le pardon est une force « qui désenchaîne l’individu ». Somme toute, pardonner à l’autre permet non seulement de retrouver sérénité pour soi ou pour les proches touchés par l’acte, mais aussi de se protéger de la violence future qui peut naître d’actes non pardonnés (mémoire familiale ou de clan).  
 
En thérapie, on conseille souvent de n’appliquer le pardon qu’en fin de parcours thérapeutique : lorsque le mal et la souffrance ont été bien reconnus et traités, c’est à dire, lorsque la cicatrice n’engendre plus ni douleur, ni colère. Le pardonneur peut se poser certaines questions : pourquoi veut il pardonner ? A quelles conditions peut il le faire ? Par exemple, on ne donne pas son pardon à l’autre s’il ne l’a pas demandé, même s’il est important de lui rendre la honte, et la responsabilité de son acte. Cela redonne de la dignité à la personne qui a blessé. Le pardon ne s’offre pas gratuitement d’hommes à hommes, il se demande, se sollicite ; il se donne. Pour des actes très graves, la victime est invitée à se référer à plus grand que soi sous la forme suivante : « moi, je n’oublie pas ; moi je ne pardonne pas; mais je demande à plus haut que moi de le faire » C’est une démarche qui touche aussi, comme le fait d’aider les autres, à la dimension spirituelle.  
 
C’est aussi une façon de reconnaître que nous sommes tous des humains, et que la limite entre agresseur et agressé est bien mince. Comme le disait Sartre, « nous avons les mains sales jusqu’aux coudes ! »  
 
Pour Bert Hellinger, prêtre et psychanalyste allemand, créateur des «constellations familiales» il n’y a de paix possible dans les familles que si l’agresseur exclu du système est reconnu comme membre à part entière de la famille. Cela lui vaut dans son pays d’énormes controverses.  
 
Plus simplement, pour Tim Guénard encore, pardonner, c’est « continuer à donner des nouvelles qui nourrissent la relation». C’est aussi continuer à célébrer la vie. C’est passer outre de la blessure pour rebondir avec la vie, cela donne de l’énergie.  
 
De nouveaux articles, ainsi que des « contes thérapeutiques » sont maintenant publiés sur le site : http://eclaireusesdevies.over-blog.com. Vous pouvez les consulter, les lire à vos enfants, et ajouter, s’il échet, quelques « commentaires ».  
 

Marie-Eve Mespouille. 4 /3/08

              

 
Rivalité fraternelle.

 
Enfin, l’été, ce beau temps de vacances va nous permettre de nous retrouver en famille, la sérénité…. Stop ! Stop ! Tu as oublié l’an passé ? L’enfer des disputes entre les enfants dans le petit appartement loué pendant que dehors le soleil nous appelait de milles choses à découvrir ? Non, pitié, pas encore un été à subir les rivalités fraternelles ! On dirait qu’ils le font exprès. Ils, ce sont ces angelots que l’on a fait avec amour, patience, à qui on a voulu éviter toutes les souffrances, bref, on dirait qu’ils ne le savent pas !  
 
Que dire ? J’ai l’impression, probablement comme vous, d’avoir tout raté lorsque j’entends leurs voix - pas du tout mélodieuses dans ce cas- escalader crescendo à celui qui se fera le plus entendre. Et ce n’est pas de la bibine : les motifs les plus divers échappent à une analyse rigoureuse de la situation, et je me dis in extremis : heureusement que nous avons instauré très tôt la règle de non agression physique, sinon, peut-être que…nous n’aurions plus d’enfants ! Pendant que mon imaginaire se met à envisager le pire, juste pour faire diversion, je me demande ce que je dois en penser, faut-il intervenir ?  
 
- Les disputes entre frères et sœurs sont normales ; à un certain âge, elles permettent à l’enfant de se différencier de l’autre, de trouver sa place.  
- Elles permettent aussi de tester l’amour inconditionnel des parents parfois mis à rude épreuve.  
- Elles surviennent couramment dans les familles en bonne santé. 
- Elles n’ont pas toujours à voir avec les injustices supposées des parents, même si, parfois elles en sont le révélateur. 
- Elles permettent à l’enfant d’exprimer les tensions, les frustrations et sont l’expression de besoins sous-jacents : par exemple elles parlent de la fatigue (fréquent chez les jeunes enfants) ou du besoin d’isolement, lorsque l’enfant a été soumis à trop de stimulation : les pleurs et la punition qui s’en suivent permettent au jeune enfant de récupérer réflexion, calme, énergie pour résoudre son problème. Il sera important naturellement lorsqu’ils seront redevenus raisonnables que les enfants puissent se réconcilier. Il sera important de raffermir le lien entre les deux protagonistes et qu’ils tirent parti de cette expérience. Beaucoup d’adultes, qui ont été des enfants en rivalité fraternelle, témoignent d’un amour profond et durable pour leur fratrie.  
 
- C’est un moyen de mettre de la distance quand on est trop dans l’intimité avec une mise en garde : les parents utilisent-ils eux-mêmes ce moyen pour faire réagir l’autre conjoint. Quels besoins sont compensés par cet art de la dispute ? Le calme revenu, une saine discussion peut s’en suivre pour trouver d’autres moyens de communication plus paisible. Parfois, une thérapie familiale sera nécessaire pour venir à bout des conflits et tristesses accumulées depuis des années. On sait aussi que des parents d’enfants en dispute sont souvent démunis car eux-mêmes ont vécu dans leur enfance une rivalité fraternelle non résolue. Le moment du décès de l’un ou l’autre parent, le moment de l’héritage ou des moments de crises voient particulièrement surgir les souvenirs enfouis, créant de véritables bombes à retardement. J’ai un souvenir ému lorsque je pense à ma tante de 92 ans qui avait dit à son frère de 85 ans « tu ne viendras pas à mon enterrement, je te l’interdis ».  
 
- Elles doivent se passer sans coups ni violences physiques : à l’exemple des parents qui ne frappent leurs enfants en aucun cas, les enfants doivent apprendre à s’expliquer, à négocier en toute sérénité : fameux apprentissage pour la vie de demain ! On ne peut non plus tolérer entre enfants des échanges qui visent à diminuer l’autre, à attaquer l’autre dans son intégrité morale et physique, par exemple, par le chantage, la manipulation. L’enfant a besoin de sécurité pour grandir, et, comme parent, nous nous devons de lui créer ce climat de sécurité.  
 
A côté de ces gros problèmes, une série de trucs et astuces permettent de venir à bout des petites disputes entre frères et soeurs. Une réponse (qui marche) dans le cas où mon fils insulte sa sœur est de recadrer ce qui vient d’être dit de mon point de vue de parent, ou de dire les émotions que cela me procure : « Ah, ta sœur est une… (insulte), je ne pense pas que mes enfants soient des … (insulte), (cela me rend triste) et je ne tolérerai pas que l’on dise de mes enfants qu’ils sont des … (insulte). En disant cela, mon enfant comprend aussi qu’il a de la valeur tout autant que l’autre. J’essaie aussi d’accentuer l’esprit de famille : les enfants font partie d’une tribu avec la particularité que ce qui touche l’un touche aussi l’autre. Vous avez de nombreux exemple de cette fonction dans les cours de récréation ou les rencontres de voisinage. Ce sentiment d’appartenance chez les enfants augmente généralement leur sécurité et augmente la cohésion dans la famille : devant l’étranger on rallie généralement ses forces. Pourquoi dés lors ne pas profiter de cette énergie en organisant un jeu de société avec une autre famille par exemple, où ces forces de compétition peuvent s’exprimer et raffermir sainement les liens.  
 
- Elles doivent se passer le plus souvent sans l’intervention de l’adulte : avez-vous remarqué que les enfants se disputent plus volontiers quand les parents sont là ? Quand ils sont par moments livrés à eux-mêmes, rien ne se passe. Un bon truc pour le parent témoin de la dispute est de changer de pièce ou de se montrer indifférent, ou encore, comme Françoise Dolto le conseillait, de regarder ses enfants d’un air agréable et compatissant.  
 
Bien d’autres ficelles méritent qu’on s’y attarde, je ne peux que conseiller d’en parler entre adultes, ou en famille, peut-être de nous écrire. Allons donc, à vos plumes !  
 
Un livre de bon conseil : M. RU FO et C. SHILL : Frères et sœurs, une maladie d’amour, édition Livre de poche.  
              

 
L’inceste revisité par les constellations.

 
"Guérir, c'est cicatriser. On sait que l’on est guéri, lorsque en touchant la cicatrice, on voit qu'elle ne saigne plus, qu'elle est bien refermée : ça ne fait plus mal ! La cicatrice reste un endroit sensible, où les nerfs sont atrophiés, à fleur de peau; mais ils ne réagissent plus au toucher. Il ne reste plus que le souvenir, à l'endroit de la blessure, et, comme les anciens combattants, nous pouvons faire le récit du passé : ce récit peut encore nous émouvoir, c'est le signe que nous sommes des humains, mais il n'agit plus sur le présent.  
 
Travaillant sur l’inceste avec mes clients, je vois souvent que la crise du dévoilement passée, la vie reprend son cours. Cependant, il existe un niveau plus profond qui a du mal à guérir. La véritable guérison arrive lorsque l’enfant peut retrouver le lien blessé avec ses parents. Alors s’installe la paix du cœur.  
 
Les Constellations m’ont permis d’atteindre ce niveau, et de comprendre, comme je le pressentais, qu’intégrer l’histoire de l’enfant abusé, à celle de ses parents, de ses grands-parents apporte du sens, mais qu’en plus, l’abus est le symptôme d’un appel vibrant d’espoir vers la guérison, non seulement du système familial actuel, mais aussi des générations précédentes.  
 
Ce travail est le résultat de ma réflexion théorique enrichie de la vision de B. Hellinger, d’expériences cliniques et de cas entrevus en Constellations lors de ces deux années de formation.  
 
Devant ces responsabilités, il arrive que l’adulte panique et ne sache comment faire.  
 
Définition:  
 
L’Inceste (de incestus : non chaste, non coupé) représente « toute forme d’abus d’un enfant par n’importe quel adulte ayant un rôle parental dans le contexte familial » (Furniss, 1984) ; ou encore « de rapports sexuels entre consanguins » (Wolters, 1985). Traditionnellement, le terme inceste concerne des relations sexuelles père-fille, mais s’étend également à d’autres types de relations dans la sphère familiale (grand-père-petite-fille, oncle-nièce, etc.).  
 
Dans le traitement par les Constellations, l’inceste père-fille nous sert de modèle car le processus à l’œuvre et les dynamiques inconscientes semblent être les mêmes que dans les autres types d’abus sexuels, bien que chaque cas est spécifique, ce qui est confirmé également par les études psychologiques .
(Congrès : Abus sexuel, de l’évaluation au traitement, Institut de la Famille, Toulouse, 4 et 5 mai 2000.)  
 
Beaucoup d’études s’attachent à l’impact des abus sur l’enfant, et, plus tard la personne adulte. B. Hellinger lui–même a fait le lien entre certains symptômes actuels, comme la boulimie, l’anorexie, le suicide… et un inceste rapporté dans les générations précédentes. Certaines signalent l’importance des répétitions transgénérationnelles : A. Ancelin Schützenberger, met en rapport certains syndromes avec des incestes anciens et signale aussi que, bien que tabou, l’inceste semble avoir été un évènement particulièrement courant dans les siècles passés . De même, dans notre pratique clinique, nous pouvons voir qu’un inceste, en cache souvent un autre. Cependant, peu d’études ont fait le lien entre un inceste actuel et des évènements plus anciens, arrivés lors de générations précédentes. Nous pouvons aujourd’hui, dans notre travail avec les Constellations investiguer et confirmer ce lien.  
 
Dynamique de l’inceste :  
 
Il existe différents cas de figure de dynamique inconsciente. Généralement, B. Hellinger souligne « dans l’inceste, l’enfant est toujours relié à l’auteur, dans un lien d’amour. Mais, il ne lui est pas permis de le montrer. Habituellement, il y a deux auteurs : l’un ouvertement, le père; et le deuxième, de façon cachée, la mère. Celle-ci a habituellement interrompu la relation avec son mari, et la fille (parfois le fils) se substitue à elle. C’est la dynamique secrète en jeu dans l’inceste. » Il dit aussi :  
 
« D’une manière générale, les deux parents sont presque toujours impliqués dans l’inceste, la mère à l’arrière plan, le père de façon évidente. De même, dit-il, il faut, toujours considérer l’inceste dans son ensemble, observer le contexte plus large que constitue le système familial (principe de toute thérapie systémique). Il insiste :  
« il ne peut y avoir d’inceste que si les parents collaborent, et, pour guérir, l’enfant doit admettre que les deux parents sont responsables ».  
 
Dynamique particulière :  
 
B. Hellinger explique : « l’acte incestueux peut être la conséquence d’un déséquilibre entre prendre et donner » ; il donne l’exemple d’un déficit sexuel : dans un nouveau couple, la femme a déjà un premier enfant, son mari n’en a pas, il veut donner à l’enfant plus que ce que lui, peut recevoir ; dans ce cas, dit B. Hellinger, « la différence entre donner et prendre s’accentue. Le système est alors dominé par un besoin irrésistible de rétablissement de l’équilibre…. Le mode de compensation choisi par la mère peut être de pousser l’enfant vers son mari ». Dans ce cas, l’inceste constitue une tentative de rétablissement de l’équilibre bancal.  
 
Les attitudes et les phrases qui guérissent :  
 
Les différentes étapes du traitement d’un inceste sont reprises du livre de B. Hellinger et complétées par nos observations au cours de la formation.  
 
Pour le thérapeute, il s’agit de résoudre la situation pour que cesse l’inceste et d’aider la victime, principalement, voir de quoi il a besoin pour retrouver la paix. En Constellations la voie choisie est assez classique : elle permet de rétablir l’ordre transgénérationnel et la hiérarchie dans la famille, mais est cependant très nouvelle : elle insiste sur la part que porte l’enfant dans le processus, le considérant comme une personne à part entière faisant partie du système plus large dans lequel, l’abuseur et lui sont intriqués, chacun à sa façon.  
 
Nous travaillons en Constellations avec des victimes, à divers niveaux, sans idées prédéterminées, en prenant « ce qui vient », selon la formule consacrée, et en nous laissant guider par ce qui se dégage du champ pendant la constellation. Nous sommes attentifs à l’enfant, aux parents et devons parfois démêler leurs intrications respectives, y compris celles de l’abuseur. Il n’y a donc pas seulement traitement de la victime individuelle, mais souvent soulagement de tout le système familial. Nous sommes parfois surpris de constater que l’intrication de l’enfant ne vient pas toujours de celles de l’abuseur (classiquement le père, le beau-père), mais parfois de l’autre lignée (la mère), parfois d’évènements extérieurs à la famille.  
 
Première étape : le soulignement de la responsabilité du parent et de la part active de l’enfant dans le processus.  
 
Bien que le parent soit toujours responsable dans le cas d’abus sur l’enfant, celui-ci a une part de responsabilité qui doit être honorée et comprise. B. Hellinger propose de chercher d’où vient le mouvement d’amour. Nous observons souvent que l’enfant a participé à l’abus pour prendre une part de la responsabilité qui appartient au parent, pour porter quelques chose de lui, parfois pour le soulager de quelque chose. « C’est l’amour de l’enfant pour ses parents qui s’exprime. »  
 
Exemple : B. Hellinger demande à la cliente de se représenter face à sa mère et lui dire « je l’ai fait volontiers pour toi… de même, elle doit se représenter son père et lui dire « papa, je l’ai fait volontiers pour maman ». « La dynamique secrète devient alors apparente, et il devient impossible à l’ensemble des protagonistes de poursuivre dans la même voie. »  
 
Dans le travail de Constellations d’une petite-fille incestée par son grand-père maternel , R. Austermann a d’abord placé la représentante de la fille devant la grand-mère maternelle ; mais aucune énergie ne semble émerger de ce champ. Dans un second temps, R. Austermann fait placer les ancêtres de la grand-mère derrière celle-ci : la représentante de la fille se sent immédiatement attirée vers une représentante féminine (victime ?) de cette lignée ; un grand amour se dégage de ces deux personnes constellées. R. Austerman demande alors à la représentante de la petite fille de dire « je l’ai fait pour vous ». Immédiatement, la tension éprouvée par toutes les personnes dans le champ, y compris le représentant du grand-père incestueux, tombe d’elle-même.  
 
Pour moi, ce fait confirme la théorie systémique, selon laquelle l’acte sexuel incestueux n’est pas un acte isolé, mais qu’il s’inscrit dans la continuité de répétitions transgénérationnelles . Dans le travail de constellations, nous pouvons observer que l’enfant porte sur lui, le poids d’un évènement vécu lors des générations précédentes, peut être le poids d’un inceste, mais peut-être aussi le poids de tout autre chose : enfant mort, deuil d’une relation, exclusion d’un membre du système ? Tous évènements, qui « anesthésient » la mère, qui devient alors indisponible pour son enfant et « permet » alors l’inceste, ce que nous nommions tout alors « collaboration ».  
 
Dans le cas d’un inceste actuel, où B. Hellinger reçoit toute la famille, il fait dire à la mère : « l’enfant l’a fait pour maman » et à l’enfant à son père : « je l’ai fait pour maman, en compensation ». L’utilité de telles paroles, est que l’enfant retrouve alors l’estime de soi-même. En reprenant l’accord inconscient qu’il avait donné pour essayer de résoudre le problème de ses parents, il ne se sent plus coupable, il rend la responsabilité aux parents. En reconnaissant aussi l’amour qui l’a guidé, l’enfant acquiert aussi la conviction de son entière innocence, c’est un grand soulagement.  
 
Deuxième et troisième étape : aider l’enfant (et les parents) à retrouver une forme de dignité et libérer de la honte.  
 
Lorsque l’expérience (sexuelle) a été plaisante, par exemple, lorsque la fille a eu du plaisir, mais qu’elle n’ose pas se fier à ses sensations, inspirée par la société qui lui dit que c’est mal, elle est désorientée. Il faut alors que la fillette puisse reconnaître que, même si cela lui a plu, elle est innocente. Car « une enfant se comporte en enfant, elle est curieuse, l’expérience la tente ; mais elle n’en reste pas moins innocente. La diabolisation du plaisir fait apparaître la sexualité dans une lumière suspecte ; mais en définitive, il s’agit d’un évènement naturel, mais prématuré. »  
En lui expliquant par ces mots, elle peut se libérer d’une culpabilité qui ne lui appartient pas.  
 
Une autre façon de faire, expérimentée par R. Austermann et dans le groupe d’intervision, a été de placer l’enfant devant son père (représenté) et de lui faire dire, en s’inclinant profondément : « je te laisse ta honte, elle t’appartient » et « je ne suis que le (a) petit(e) » ou encore « je laisse la responsabilité de ton acte auprès de toi ». De cette façon, l’enfant comprend qu’il est vraiment l’enfant, dans cette histoire, et l’ordre fondamental, pour B. Hellinger, la base et la direction de tout travail thérapeutique avec les familles, est rétabli.  
 
De même, si l’enfant a subi l’outrage avec souffrance, il doit pouvoir dire à l’abuseur : « tu mas fait du mal, je ne te pardonnerai jamais » sans colère, car la colère lierait d’avantage au coupable.  
 
Une autre étape du traitement : le rétablissement du juste lien d’amour entre l’enfant et son parent incestueux.  
 
Comme dans d’autres constellations où l’enfant est « parentifié » , on peut constater dans un autre cas , que, après avoir rendu la honte à son père (représenté), la cliente continue à avoir une attitude non verbale séductrice, légèrement hautaine, vis-à-vis de son père, une attitude de « grande » . Dans ce cas, l’intervention du constellateur est alors de souligner ce qu’il constate, et d’inviter la cliente à trouver l’image d’une attitude juste, qu’elle peut expérimenter avec le représentant du père constellé.Il va jusqu’à lui demander de se prosterner physiquement au pied de son père, tant que la fierté, et l’orgueil anime cette relation envers son père. La cliente se permet alors d’accéder à une relation plus juste, une relation où « l’amour peut couler à nouveau », et, j’ajoute, où il n’est plus perverti .  
 
Différents thèmes apparaissent dans les abus :  
 
Dans plusieurs constellations, nous trouvons le thème de l’amour de remplacement :  
 
Dans l’inceste, l’enfant a remplacé le premier amour du père (du grand-père), non suffisamment reconnu et honoré ; le père recherche inconsciemment auprès de sa fille (sa petite fille) cet amour de jeunesse. Dans ce thème, la femme actuelle du père (du grand-père) ne peut trouver place, celle–ci étant occupée par ce premier amour auquel il n’a pas renoncé. Il s’agit alors de mettre l’enfant devant le premier amour représenté, pour qu’il le reconnaisse, et de lui faire dire « je t’ai représenté » et ensuite de lui rendre sa vraie place (au devant de ses parents).  
 
Un autre thème apparaît dans les constellations d’abus : le pouvoir que l’enfant prend sur son parent : il semble que l’enfant soit responsable, à un certain niveau, de la séduction et du jeu de pouvoir exercé sur son parent. Il s’agit alors, pour le thérapeute d’aider la victime à en prendre conscience, et de rétablir l’ordre.  
La phrase qui guérit ici est de reconnaître devant l’agresseur : « je reconnais avoir abusé de mes forces féminines avec toi, d’avoir abusé de mon pouvoir.  
Et « je ne suis que ta fille (ta petite fille) ». La constellation est terminée lorsque l’enfant peut à nouveau prendre son parent comme parent, et non l’inverse. Ainsi, l’ordre et la hiérarchie dans les relations sont respectés.  
 
Quatrième étape: Le lien entre l’enfant et le coupable doit être dénoué :  
 
B. Hellinger explique que « l’acte sexuel crée un lien entre l’enfant et le coupable ». Lien qu’il faut considérer comme le premier. L’enfant ne peut par la suite trouver un partenaire que s’il a de la considération et du respect pour cette première relation, sans diaboliser l’expérience ; en revanche, si l’expérience et le lien peuvent être reconnus, il peut les intégrer dans sa nouvelle histoire, et, paradoxalement, se dénouer du coupable.  
 
Une dernière attitude, qui appartient au constellateur est, pendant le travail avec la famille de « mettre l’accusé dans son cœur »; à savoir, de donner une place au coupable, de considérer celui-ci comme prisonnier de ce système. Dans ma pratique, j’ai pu constater combien ceci est important, en particulier pour les victimes : considérer que l’accusé est lui-même intriqué dans son propre système permet à chacun dans la famille, de retrouver une place équitable et juste. J’ai pu observer dans certains cas combien la victime avait été elle-même tellement sensible à le détresse profonde de l’abuseur, et que, dans une part tout-à-fait profonde d’elle-même, elle considérait que « c’est aussi pour lui qu’elle l’a fait ». Cet aspect me permet de rendre plus compréhensible l’attitude des nombreuses victimes qui ne veulent pas engager de poursuites judiciaires à l’encontre de leur abuseur, signifiant que cela ne leur apporterait pas grand-chose de plus.  
 
D’autre part, « punir le coupable n’est pas une solution pour l’enfant », car elle ne tient pas compte du lien systémique qui dit qu’un système est détruit lorsqu’un des membres est exclu ou rejeté. Une bonne solution exige que la totalité du système soit respecté, que l’exclu réintègre le système, avec la reconnaissance personnelle de chacune des responsabilités. Cela comprend également le travail avec l’abuseur pour rétablir l’ordre dans le système . De même, pour B. Hellinger, il n’y a pas de « pardon possible de la victime à l’abuseur » : « pardonner serait présomptueux ; cela signifie prendre la faute sur soi ; aucun être humain n’est en mesure de pardonner, sauf s’il s’agit d’un tort réciproque ». Je retrouve cette notion chez Tim Guénard cet ancien enfant violenté par son père, lorsqu’il dit : « le cœur peut donner un pardon que la bouche doit parfois retenir ».  
 
Ce que l’enfant peut dire, c’est « c’était mal, et je te laisse porter les conséquences de tes actes ; je ferai, malgré tout quelque chose de bien de ma vie ». De cette façon, plus tard si la victime parvient à construire une relation de couple heureuse, même le coupable en éprouvera un soulagement.  
 
Importance pour l’abuseur de retrouver sa dignité :  
 
B. Hellinger suggère de prendre l’abuseur (le parent) en séances individuelles, de chercher avec lui comment aider la victime à se libérer de l’événement ; on obtient alors souvent sa collaboration. Qu’il dise à l’enfant : « je suis désolé de ce que je t’ai fait subir ». Le parent ne doit pas se mettre en dessous de l’enfant, ce serait un abus de plus, vécu par l’enfant comme une charge supplémentaire, et renforcerait le lien existant. Même coupables, les parents restent les parents. Des parents humiliés sont des parents perdus pour leurs enfants, et, dans ce cas, l’enfant, même victime, reste loyal et attaché au coupable. Le thérapeute doit être attentif à ces liens invisibles, qui risquent de se perpétrer, en cas de mauvaise résolution de la crise.  
 
Première illustration :  
 
Ayant donné une formation sur l’abus sexuel intrafamilial dans une institution s’occupant d’enfant placés, je suis appelée pour une supervision. Un enfant, une fillette de 9 ans, dont le père est en prison pour avoir abusé d’elle, pose des problèmes à l’équipe : elle séduit les enfants plus jeunes, ne cesse de parler de sexualité, et, devant les remarques atterrées des éducateurs, justifie ses actes en les provoquant ostensiblement.  
 
On a interdit à la fillette des visites avec son père, et je demande, avec le nouvel éclairage des Constellations, comment celle-ci vit cet éloignement. Nous tombons d’accord, avec l’équipe, que l’enfant reprend à son compte les comportements (sexuels) du père pour nous dire quelque chose comme : « c’est comme cela que mon père m’aime et reste présent dans mon cœur ! ». En reprenant à son compte les comportements sexuels, elle nous dit combien son père lui manque, et qu’elle aussi, peut-être, est prête à aller en prison (le rejoindre) par fidélité.  
 
Dans cette perspective, je suggère à l’éducateur de l’enfant, de « prendre la place du père », et de dire, comment il voit sa fille placée en institution, quelles sont ses pensées à propos des juges, des éducateurs, et de son épouse complice. Il nous semble à tous, que le père n’a que de bonnes intentions à propos de son enfant, qu’il regrette ce qu’il a fait, mais qu’il est tellement en colère contre les institutions, qu’il n’a qu’une pensée : sortir de prison et enlever ses enfants.  
 
Devant cette réalité, les éducateurs décident, au lieu d’exclure ce père, de lui donner une place importante, et de l’intégrer le plus possible dans le projet d’éducation de la fillette. Nous avons pu voir un soulagement de l’éducateur représentant du père, et son enthousiasme réel à vouloir travailler avec lui, alors que tout semblait bloqué quelques instants auparavant.  
Après cette réunion, l’équipe parait soulagée, et me remercie, car, « au fond », disent-ils, « quand ils interrogeaient leur conscience », ils se disaient que c’était bien comme cela qu’ils avaient envie de travailler.  
 
Dans cette institution, 80 % des enfants placés le sont pour des problèmes d’abus sexuels ou de maltraitance grave par des parents qui sont eux-mêmes des exclus de la société…  
 
Deuxième illustration :  
 
Le cas de Y. illustre l’importance de la dynamique inconsciente de l’inceste dans une famille, où le problème remonte à la génération précédente.  
 
Y. est une femme de quarante ans. Elle me consulte, car depuis quelques semaines elle réalise, par des flash-backs-visuels de scènes sexuelles avec son père (décédé) qu’elle aurait été abusée de l’âge de 5 à 10 ans. Elle souffre aussi de fatigue chronique, de maux de dos qui l’empêchent de vivre une vie épanouie.  
 
Lors de son traitement, nous avons l’occasion de rendre compte que son oncle, le frère de sa mère, est mort jeune, brutalement touché dans le dos par un obus pendant la guerre 40/45, dans un bombardement de la ville d’Allemagne où il est soldat. La cliente a pu mettre ce fait en relation directe avec son mal de dos réfractaire à tout traitement. Il s’avère, dans la constellation individuelle que je mène avec elle, quand la cliente représente son oncle, que celui-ci , vu la rapidité de l’impact, n’a pas « su qu’il était mort », et que son décès en tant que soldat de la guerre n’a pas été honoré. Ayant travaillé sur ce thème, la cliente retrouve toute son énergie dans les mois qui suivent, y compris l’énergie sexuelle mise en veilleuse avec son mari, et est débarrassée de son mal de dos.  
 
Dans ce cas, nous pouvons relever la dynamique suivante et mettre du sens : la mère n’a pas été disponible psychiquement pour sa fille. L’énergie est restée bloquée autour de l’évènement dramatique du frère tué; elle n’est pas disponible non plus pour son mari, et, comme dans les cas raconté par B. Hellinger, la fillette, par amour pour ses parents, a remplacé sa mère auprès de son mari.  
 
Après seulement deux constellations, la cliente a pu dire à sa mère ce qui s’est passé pour elle, et la mère a pu l’entendre. Toutes les deux se sont rendues sur la tombe du père, où, en acte symbolique, la cliente a déposé la responsabilité au pied de ses deux parents, simplement, en en parlant. Ceci lui a permis d’aller vers la paix et le bien être dans sa vie. Je tire deux conclusions :  
- Dans ce cas, les signes physiques et psychiques sont un appel vers la guérison.  
- Ce cas illustre comment le traitement d’une cliente peut faire du bien à tout un système.  
 
Conclusion générale.  
 
L’inceste est par définition le résultat d’un lien non coupé avec les générations précédentes. Qu’il s’agisse d’un lien avec le père, la mère, perturbé, il résulte d’une intrication inconsciente de l’enfant (victime) avec des éléments d’un système entier (personne ou évènement) .  
Le traitement passe par une vision claire et entière du système et des interventions centrées sur les sentiments de l’enfant : reconnaissance de la responsabilité du père, de la mère, mais aussi de l’amour de l’enfant.  
 
La guérison passe par la remise en ORDRE du système et la reconnaissance de l’ « AMOUR qui coule ». Ainsi l’enfant peut retrouver la paix, et par lui, tout son système !  
 
              

Trop de télé, trop d’ordinateur. Pour RIF –info, septembre 2008.
 
Accrochée à mon ordinateur portable, j’ai dû déconnecter une grande partie de moi du champ du réel, car la femme de ménage a déjà sonné trois fois. Elle est entrée en catimini depuis un quart d’heure lorsque d’un « b’jour » distrait, je lui fais signe de la tête qu’elle peut commencer son travail « comme d’hab ! » Son nettoyage approfondi de la salle de bain me laissera tranquille, seule dans mon bureau, encore un bon moment. Elle en est déjà au salon et à la cuisine lorsque, deux heures plus tard, je me lève suite à un coup de fil. J’en profite pour la saluer avec cérémonie : deux bises sur les joues, un « comment ça va », un « et les enfants ? » J’écoute à peine sa réponse, mon imprimante s’est mise en route subrepticement et vomit sans discontinuer les feuilles dactylographiées. Au secours, sur quel bouton ai-je appuyé ? Au téléphone, la personne a dû sentir qu’elle dérangeait, elle a raccroché après sept sonneries. Complètement imbibée par le contenu de mon écran, j’ai réagi trop tard. Avec un peu de chance, elle me contactera par e-mail…  
 
Hier, pensant profiter de deux minutes de répit entre deux tâches ménagères pour activer ma boîte à message, j’ai laissé brûler mon dîner végétarien. Des heures de cueillettes de fruits et légumes du jardin réduites à néant. C’est la voix de mon fils à l’étage qui m’a sorti de ma torpeur « ça sent le brûlé ! » Catastrophe, le fond des casseroles était déjà noir sur deux centimètres. La compote de pomme et la soupe de légumes tout frais cueillis étaient déjà caramélisées. Revisitant les gestes de ma mère – avec cinq enfants, elle laissait souvent quelque chose brûler sur la cuisinière en fonte – je récupérai vaille que vaille le dessus du plat « cuit juste à point ». Je laissai le fond des casseroles tremper dans l’eau de javel. J’ajouterais aux pommes des cuillérées de poudre de cannelle, et au potage des grains broyés de cumin pour masquer le goût de cramé, on ne s’apercevrait de rien…Il fallait absolument que je termine cet article sur mon traitement de texte.  
 
Tout à coup, je repense à l’été, deux mois de temps déplorable, les ados avachis, l’un devant « Secret Story », l’autre devant sa Nintendo DS. Heureusement cette semaine la télé, dix ans d’âge - plus rien ne dure à notre époque – est tombée en panne. Pour l’instant, je tiens tête à mes z’amours réunis pour la cause : NON, plus de télé…pas de sous, trop de temps perdu devant l’écran au détriment de la vie de famille ! Pas d’achat prévu ce mois-ci…Rembourser vos stages en Bretagne avec vos copines et payer le minerval de l’école. NON, NON ? Et NON ! Mon z’amour principal a l’air de se contenter du téléviseur en noir et blanc pour regarder son « journal parlé ». Mais combien de temps cela va-t-il durer ?  
 
Avant -hier, j’ai bien senti que moi aussi je devais faire de terribles efforts pour ne pas flancher : à l’hyper-marché-mega-store, il y avait dix mètres de rayon « spécial écrans plats » ! J’avoue bien, oh ma douceur, avoir fait semblant d’être ultra - intéressée à ce moment là par la super promo sur les théières zen en argile. J’ai bien vu qu’il n’était pas dupe. Je crois même qu’il me connaît assez après toute ces années passées dans ma vie. J’ai tout de suite su, à son regard malicieux par-dessus le rayon, qu’il avait capté mon regard d’envie arrêté – juste trois secondes, je l’jure - sur les magnifiques écrans plats multifonctions. Car à la caisse, il me susurrait « t’as vu les téléviseurs ? » Ce soir, il est revenu à la charge, pendant que je m’étirais aux derniers rayons du soleil, avec un presqu’ innocent : « Et pour la télévision, qu’est ce qu’on fait ? »  
 
NON, NON et NON ! Trop d’informations, trop peu de dialogue, la télé, l’ordinateur, même le téléphone, ça bouffe la communication ! Il a beau me dire « il faut vivre avec son temps » Je sens bien que tous ces outils changent nos valeurs. Il faut bien l’avouer, nous sommes en crise…La question est : « comment réguler l’envahissement dans notre vie de famille de tous ces médias ? » Pour une fois, j’ai bien envie de laisser la question ouverte. Je vous demande à vous : « comment faites vous pour gérer tout cela ? »  
 
La venue des nouvelles technologies a des conséquences pour la vie de famille. Je sais que des pistes peuvent être trouvées pour intégrer ces nouveautés, dans un esprit d’éducation et même d’ « élévation de l’âme ». Dans cet esprit, le dialogue, encore et toujours le dialogue : parler de ce que nous avons découvert, s’intéresser à la dernière surprise informatique. Limiter le temps de la T.V, certes, mais se rappeler que la T.V, c’est aussi très intéressant pour apprendre. Passer de la passivité à l’activité : pourquoi ne pas participer « pour de vrai » à une émission jeu, par exemple ? S’exprimer sur un beau documentaire, sur un film , qu’on a aimé ou qu’on partage en famille - même si on a pas forcément les mêmes goûts, hein mes z’amours ? Mais aussi pouvoir lâcher prise et se DIVERTIR…Je demande aussi votre avis, qu’est ce que vous en pensez ? Si vous êtes d’accord, tapez 1, moyennement d’accord, tapez 2..NON, je rigole !  
 
En attendant, j’ai reposé mon clavier pour tailler une bavette avec la technicienne de ma surface, cela nous a fait grand bien. Nous avons même papoté autour d’un verre de jus de pomme fait - maison, et nous avons échangé quelques recettes culinaires et aussi politiques…Eh oui, ma femme de maison est une adepte des listes électorales ! Je suis retournée dans mon potager cueillir d’autres légumes pour la soupe, et j’ai commencé à préparer le repas pour mes z ‘amours.  
 

M-E Mespouille.

              

Le livre, un compagnon pour l’enfant.
 
Les mots chantent à travers la page, le livre est ouvert sur les genoux, sur la table, par terre ou sur le canapé. L’enfant, concentré, caresse l’histoire racontée dans le livre. Même si les adultes parlent, bougent, vont et viennent alentours ou s’absentent, le livre reste avec l’enfant comme un ami. Compagnon d’un jour ou compagnon de toujours ?  
 
D’abord, les mots, les textes sont lus à haute voix ; ils vibrent, sonores, et passent de la bouche de l’adulte à l’oreille de l’enfant qui les boit comme du petit lait. Papa, maman, père Cast… raconte nous une histoire ! Ces instants magiques font partie de la nourriture qu’on peut ingurgiter dés les premiers mois de la vie.  
 
Puis les phrases décryptées à même la feuille par l’enfant si fier de découvrir le sens des mots, puis des idées, s’accumulent et s’amoncellent comme des trésors dans la mémoire de l’enfant. Elles lui permettent d’agrandir son langage, d’enrichir le vocabulaire qui traduira sa pensée. « Je pense donc je suis », dirait Voltaire. Si la pensée lui permet d’exister en tant que petit-être humain, l’enfant signale souvent, à bon escient que : « Les animaux, eux, ne lisent pas ! » Il a bien compris que les mots signifient l’accès à la connaissance, ce qui est le propre de l’homme. Les histoires racontées et transmises permettent aussi à l’enfant de maîtriser le réel.  
 
Le récit accueille, accompagne, raconte à l’enfant son histoire et celle de son environnement. Par les mots écrits, les images, l’enfant s’approprie le monde, à son rythme, progressivement. Avec le livre, il n’est pas seul dans cette exploration. Dans cette découverte, le livre le guide tout en étant à sa portée, en lui parlant son langage. Le plaisir et l’attention se lisent sur son visage ; il murmure parfois les sons à mi-voix comme s’il se parlait à lui-même. Un compagnon idéal sans doute.  
 
C’est vrai que les mots, les sons, les articulations et les histoires font parties de l’oralité de l’enfant. C’est dans la bouche que cela se passe, mais cela se produit aussi dans les images sensorielles, évoquées ou simplement suscitées, dans les représentations dégagées par les mots et les phrases. Dans les émotions et les pensées exprimées au travers du récit, l’histoire prend sens. Le cœur de l’enfant est touché, il en redemande !  
 
Le livre nourrit l’enfant, physiquement : il peut le toucher, le respirer, vibrer avec lui. Etes-vous déjà entrés dans une vieille bibliothèque : l’odeur des livres, le papier qui chuinte entre les doigts, l’odeur du savoir ? Quel effet cela vous fait-il ? Quels souvenirs remontent à votre mémoire ? De bons souvenirs, je l’espère. Bon, je sais, je suis un peu de la vieille école. Je sais que le livre, ça ne remplace pas la télévision ni les médias… Le livre est toujours disponible, on le reprend à la page où on l’a laissé, il respecte notre liberté. Moralement, le livre transmet à l’enfant des valeurs, des messages, qu’il a le temps d’intégrer ; il transmet l’espoir, l’endurance, une vision de la vie. Spirituellement, il prend le temps, il accompagne son âme.  
 
N’importe quel livre n’est pas bon à mettre entre les mains des enfants, me direz-vous et vous aurez raison. Le livre pour enfant respecte nos valeurs les plus fondamentales, celles qui conduisent notre vie. Il tient compte de la sensibilité particulière des bambins et jeunes adultes en devenir.  
 
Le livre nourrit l’enfant. Il est choisi, généralement, par un adulte qui l’aime et qui lui offre ce présent, généreusement. L’enfant capte cette intention positive. Il en sera toujours reconnaissant. Il sait aussi que c’est pour son bien ! Avec un peu de chance, le livre devient alors son copain, substitut de celui qui lui a offert. Cet adulte continue à vivre dans l’objet transitionnel.  
 
Le livre permet à l’enfant de raconter, de se raconter, mais aussi de se trouver, de se retrouver dans les personnages, de se connaître tout simplement. A travers les héros du livre, l’enfant se forge une identité. Tous, vous vous souvenez au moins d’un héros de votre enfance, qu’il soit tiré d’une bande dessinée, d’un film ou d’un texte sonore, créé d’un conte, d’un roman ou d’un film ? Souvenez-vous, ces héros auront bercé votre enfance et empreint votre personnalité naissante de qualités qui subsistent encore, à l’intérieur de vous. Allons, réfléchissez. Quel personnage aimiez vous très fort ? De quels traits lui appartenant avez-vous hérité ?  
 
Un justicier …venu du bout de la nuit  
 
Tenter l’aventure…au galop  
 
Son nom,… il le signe,…à la pointe de l’épée  
 
D’un Z qui veut dire Zo… !
 
 
Les épreuves traversées ou les conflits résolus par vos héros vous auront montré des chemins, donné des permissions, exorcisé des monstres, stimulé votre courage et, en finalité, vous aura peut-être permis d’accomplir ce pour quoi vous êtes fait. Vivre et mourir à certaines choses, vivre et grandir, se donner une mission, accomplir un projet…  
 
Le livre est un ami. Parfois caché sous le drap, ou, trônant plus sagement au-dessus d’une étagère, plus souvent dans un rayon de sa bibliothèque – mais quelle chance il a cet enfant là - le livre contient toujours sa part de mystère. Devenus conscients, les gens peuvent leur donner un nom : celui-là s’appelle tendresse, un autre, aventure, ce dernier, amitié. Vous avez sans doute aimé un livre, un moment, différemment, comme on aime un complice. Car tout bon livre comporte au moins une qualité, et si, par malheur, il n’en comportait pas, vous seriez avisés de le reléguer au fond d’une armoire. Quelques années plus tard, peut-être le relirez-vous sous un autre jour ? Un livre hermétique de prime à bord peut révéler à maturité des richesses insoupçonnées. Vous avez déjà profité ainsi de la relecture d’un ouvrage qui, à la première approche, s’était révélé décevant. Ce n’était pas le bon jour, pas le bon moment pour LUI.  
 
LUI, le livre, l’ami, le compagnon d’un moment. Qui n’a, en lisant telle ou telle incise, eut envie de graver dans sa mémoire quelques phrases, quelques devinettes, quelques blagues ou quelques rébus afin d’épater la galerie ? Quelques dictons, quelques rimes, quelques poésies apprises à l’occasion d’une fête, quelques citations chantonnées avec emphase ou servies au naturel dans les dîners de famille.  
 
L’enfant aime les mots. Non seulement les sons, les phrases enchantent ses oreilles. Voyez avec quel délice, parfois, il s’arrête sur certaines syllabes : striduler, colimaçon, brillantine… Voyez comme il aime les comptines. Mais les mots aussi lui donnent de l’importance aux yeux des grands qui se penchent vers lui pour l’écouter. Voyez comme les grands raffolent des mots d’enfants…  
 
Le livre d’enfant est aussi un compagnon de jeu. Quand dans l’activité de la journée, l’enfant prend un livre ouvert, il décide de mettre son corps au repos. Il cesse d’agir, ses muscles se mettent au ralenti, au diapason de son âme. Il découvre qu’il n’a pas seulement un physique, mais aussi un mental, une vie intellectuelle. Le livre l’aide à identifier, à comprendre, à parler, à évoquer pensées et sentiments. Il l’aide à saisir la réalité et ouvre aussi la porte à l’imaginaire. L’imaginaire : le début de toute pensée, mais aussi de toute action. L’imagination ouvre la porte au projet. Quelle profession n’est pas née dans un rêve, au détour d’une histoire lue, racontée ou expliquée par un adulte à l’enfant. Quel rêve ne s’est pas réalisé à partir de la parole donnée à l’enfant, ce petit d’homme.  
 
Et bien souvent, lorsqu’il a des soucis de famille, d’amis, ou de croissance, lorsque des évènements lourds pèsent sur son enfance, l’enfant trouve auprès du livre une présence, un réconfort. Cela lui permet de s’isoler, de prendre distance, de se recentrer, mais aussi de réaliser en pensée ce qui est difficile dans la réalité. De là à dire que le livre est thérapeutique, il n’y a qu’un pas que je franchis volontiers. Oui, certains textes sont réellement philosophiques ou thérapeutiques ; ils possèdent des qualités qui permettent à l’enfant de surmonter ses difficultés, de retrouver l’espoir, ou qui les aident à rire, à grandir, à aimer, à vivre, tout simplement.  
 
D’aucuns me diront qu’écrire ou lire, c’est fuir la réalité. A ceux-là je réponds que les mots traduisent aussi notre réalité. Ils permettent de communiquer notre vision du monde à l’autre qui peut y répondre. Il existe en outre une véritable amitié entre l’auteur d’un livre pour enfant et l’enfant lui-même. Car, à travers les images, à travers son langage, l’auteur montre à l’enfant qu’il le comprend ; il lui parle, il fait attention à lui… L’enfant le reconnait intuitivement, et, apprécie ou pas le cadeau, mais souvent, il exprime son contentement. A condition que le livre ait été pour lui une véritable liberté. Un livre ne doit pas être imposé, mais proposé et… choisi.  
 
Souvent, le livre fait lien avec l’auteur, qui est tout de même une grande personne, et, s’il aime sa lecture, l’enfant la prendra avec lui et l’emmènera partout comme un doudou. Il y passera des heures. C’est le plus beau cadeau que je leur souhaite.  
 

Marie-Eve Mespouille, 6/6/9.