Marie-Eve MESPOUILLE 
Psychologue



 
Articles de fond
 
Cette rubrique se nourrit de réflexions théoriques sur la psychothérapie. Chaque article peut-être reproduit moyennant autorisation de l’auteure.  
 
- Confusion dans la famille. (pour RIF info, décembre 2006)
- Cultiver la palabre (pour RIF info, été 2006)
- La psychothérapie d’enfant. (Pour le GPASSOBAT, 2004)
- Le NON et l’enfant (pour RIF info, fév. 2006)
- Le blues de la psy (pour RIF info, août 2005)
- Le sens des vacances (pour RIF info, septembre 2006)
- L’enfant au sein du couple parental (pour RIF info, Août 2005)
- La peur chez l’enfant (pour RIF info, fév. 2005)
- Aujourd’hui : la difficulté d’être parent (pour RIF info, novembre 2005)
              

Confusion dans la famille (pour rif info, décembre 2006)
 
Beaucoup de problèmes des familles dites « difficiles » proviendraient de la confusion, s’exprimeraient par la confusion, voire se dissimuleraient derrière la confusion. Répondre à ces trois questions : Qui est-elle ? A quoi sert-elle ? Comment fonctionne-t-elle ?m’a paru utile pour éclairer notre intervention. Larousse m’a fourni la trame de ces réponses : « Confusion : acte de fondre avec. Mêler plusieurs choses en un tout où on ne peut plus les distinguer. Est confus ce qui n’est pas clair, distinct, dont on ne perçoit pas les éléments, ce qui est obscur, désordonné. On parle de «confusion de dates, confusion de genre ». Paradoxalement, « confondre », c’est aussi « démasquer. »  
 
Qui est-elle ?  
 
Dans la consultation, on perçoit plusieurs niveaux de confusion : la confusion de pensée : notre interlocuteur s’exprime par bribes qui, mises ensemble forment un magma incohérent à notre entendement, bien que la personne y trouve son compte et semble totalement se comprendre elle-même. La confusion de discours : elle nous parle sans tenir compte des frontières qui nous séparent d’elle, sans tenir compte également des frontières dans le temps : les dates se mélangent, les évènements sont rapportés sans fil ni suite logique. La personne fait des liens avec des choses qu’elle ne sait nous expliquer que difficilement : le discours est laborieux. La confusion règne entre les pensées, les émotions, les actions qu’elle nous rapporte. Ce type de confusion peut aller jusqu’à la confusion mentale, qui est le trouble d’une maladie plus profonde.  
 
La confusion de personnes : c’est « prendre quelqu’un pour quelqu’un d’autre » et lui assigner éventuellement une tâche ou lui prêter une intention qui n’est pas la sienne. Comme dans la confusion de rôles, les rôles sont changés : la personne confond sa place et la nôtre ; dans la famille, tout le monde est sur le même pied, les relations parents - enfants sont « fusionnelles ». Soit la mère et l’enfant forment une bulle, soit l’enfant est parentifié, soit le parent est infantilisé. La confusion s’exprime également dans la maison où règne une impression de chaos : désordonnés, les objets changent de place, les relations et les alliances varient en fonction de l’humeur changeante des habitants. Au niveau des évènements, il arrive que le sens donné à ceux-ci varie selon des critères qui nous échappent. Cependant, il y a souvent un sens caché.  
 
A quoi sert-elle ? « La confusion empêche l’analyse objective des faits »  
 
En travail systémique, on verra souvent que la confusion cache quelque chose d’important pour la famille : - Un secret. - Un non-dit. - Quelque chose que l’on sait, mais qu’on ne veut pas montrer, parfois bien inconsciemment. - Une situation incestueuse c'est-à-dire de « liens non - coupés ». Dans la confusion de personnes, l’enfant peut s’identifier à des personnes importantes pour la famille : Il s’agit souvent d’amour interdit par le clan, sans aucun doute pour des raisons historiques : peut- être que cette personne a fait du mal ou est désapprouvée ? En s’identifiant ainsi à la personne exclue, l’enfant porte inconsciemment le destin de cette personne et la réintègre à l’ensemble familial. Malheureusement, cette tentative se fait au détriment de sa propre personnalité ou de son propre bonheur.  
 
Pourquoi entretenir la confusion ?  
 
- Pour ne pas changer le système : on sait que les forces pour changer un système rencontrent des résistances. Pour évoluer, il faut que les forces ou l’urgence, ou les souffrances soient plus fortes que les résistances.
- Par fidélité à un parent : généralement le père, la mère, mais ce peut être aussi un membre de la fratrie, proche ou éloigné. Généralement exclue par des préjugés et des croyances qui rendent impossible son appartenance, la personne dénigrée continue à être présente symboliquement dans le discours de la famille. La confusion engendre des actions qui permettent alors au système de continuer à vivre sans ressentir le manque. Exemple : L’enfant dont le père est en prison adopte des comportements criminels.
- Pour rester dans la symbiose avec la situation initiale. Comme le tout petit en symbiose avec sa mère, la personne dépend des gens ou des évènements sans prendre réellement son autonomie. La situation reste inchangée, et c’est plus confortable que de changer d’opinions, de croyances, de préjugés ! Parfois la famille reste fixée à ce stade suite à un choc émotionnel trop important qu’elle ne peut pas intégrer complètement : un deuil, une séparation, un accident, un handicap. Ce trouble du développement de la famille doit être dépassé avec notre aide.  
 
Comment fonctionne-t-elle ? Des ingrédients permettent de rendre et de rester confus :  
 
- Les sentiments parasites : la peur, la honte, la culpabilité, la colère se nourrissent d’autres sentiments non permis, non autorisés par la famille, soit ils empêchent la satisfaction d’un besoin, une action non permise : Si j’ai honte, je reste prostré, je ne m’occupe pas de mes besoins.
- Les méconnaissances de son identité, de sa propre place dans la hiérarchie familiale ont le même effet : Confondre un mort et un vivant. Confondre deux jumeaux. Prendre comme enfant le rôle d’un parent, d’un partenaire sexuel de l’adulte. Prendre la place de l’aîné quand on est le dernier. Les lois sur l’économie du système familial nous disent que derrière ses symptômes, la famille cherche toujours à préserver un équilibre : Si la mère est dépressive, l’enfant se parentifie et sauve ainsi la fragile harmonie familiale. Dans l’abus sexuel intrafamilial la fille prend le rôle de la mère le plus souvent « manquante » sur plusieurs générations.
- La confusion de pensée : la labilité, le surdétaillage nous noient dans un flot d’informations qui ne nous semblent pas pertinentes.
- Des comportements d’agitations motrices nous emmènent loin du problème…
L’hyperactivité cache souvent la dépression ou la fatigue émotionnelle ou des problèmes de couple des parents. Inconsciemment, ils nous montrent un interdit à nous en occuper. Bien malin celui qui ne s’y laisse pas prendre !!!  
 
En conclusion : chercher les raisons de la confusion permet à l’intervention d’être clarifiante pour l’enfant et sa famille. L’intervenant restera à une certaine distance, dans l’état « Adulte », conscient de ses propres pensées, sentiments, et comportements et aussi de ses « zones d’ombres », en résonance avec la confusion de la famille. Dans ces conditions, et avec beaucoup de respect, il pourra démasquer le processus en cours : Mettre des mots sur ce qu’il voit, éventuellement ce qu’il ressent et aider la parole qui met de l’ordre. Alors, la porte s’ouvrira sans doute vers plus de clarté pour l’enfant et la famille. L’ordre pourra régner à nouveau.  

Marie-Eve Mespouille.

              

 
Cultiver la palabre (pour RIF info,été 2006)

 
… Séance de thérapie familiale… plaintes du quotidien… : « la communication ne passe plus » ; « entre son père et lui, pas de dialogue ! ». Incompréhension, plaintes somatiques : l’enfant a mal au ventre, et plusieurs examens ne montrent rien. Aujourd’hui encore, je me retrouve face à une famille dont le mal – à - dire fait place à des douleurs complexes. Et comme une résonance, j’entends à l’intérieur de moi la dernière remarque de mon aîné lorsque je l’invite prestement à s’habiller pour la communion du cousin « mais tu ne nous avais rien dit ! »  

La (le) palabre, du mot espagnol « palabra », parole, signifie plusieurs choses intéressantes :
- discours vu comme un mode d’action conquérante ;
- échange de propos sur des sujets de la communauté ; moment où se prennent les décisions, où s’échangent les nouvelles ;
- échange de saluts ;
- discussion à plusieurs et abondante sur des propositions d’achat, des plaintes ou des demandes de justice.

Le manque de paroles… Je revois ma semaine précédente qui défile au rythme rapide de toutes les choses à faire qui n’en finissent pas, et j’essaye de me rappeler la dernière fois que nous nous sommes vraiment parlés, les enfants et nous. Un peu gênée j’évalue deux semaines, trois semaines, un mois. Dans ma mémoire, la dernière discussion agréable remonte aux environs des…dernières vacances. Damned !  

Arbre à Palabre : arbre (d’Afrique) - sous lequel se réunissent les anciens pour palabrer. On peut aussi palabrer sous les palétuviers, ou les platanes du sud de la France, l’endroit importe peu pourvu qu’il y ait l’ivresse. Mais le contenu est toujours pareil : On discute de tout et de rien, du dernier mariage, des nouvelles de la cousine, des décisions où chacun peut donner son point de vue, être entendu, du prochain achat pour la coopérative, mais surtout, on affronte la parole de l’autre, on lui demande de s’approprier la nôtre.

Et je me laisse penser à ce qui, dans notre société européenne, peut bien remplacer cet intéressant modèle. La thérapie ? Un peu court, un peu tard ! Trop modeste ! La famille devant moi continue à mettre des mots sur les malaises de chacun ; je les écoute, je permets que se mêlent les points divergents, que s’expriment les émotions ressenties lors des évènements vécus, occultés, les choses trop souvent tues et qui tuent la communication.  

Les palabres : discussions interminables et oiseuses, pour les français d’Afrique. Mais pendant que se disent les mots, que se parlent les différentes personnes, des regards et des gestes s’échangent, qui, imperceptiblement, vont rasséréner chaque membre du clan.

Des signes de reconnaissance, des signes d’acquiescement entre les parents, le père et son adolescent, la mère et son tout petit s’échangent. Il arrive même qu’un frère, ou une petite sœur que l’on croyait occupé à jouer intervienne par un mot, une juste phrase pour dire tout haut ce que la famille attendait. Soulagement !  
 
Les personnes qui trouvent un lieu de parole, ouvrent et referment la parenthèse, cherchent et inventent des solutions. Parmi celles-ci, l’idée de remettre à l’honneur « l’apéro du dimanche » comme arbre à palabre contemporain crée des adeptes. Chacun peut amplifier cette idée pour le bien des petits et des grands.  
 
Je quitte le bureau de consultation et reste un moment, pensive, avant de rejoindre mes pénates (autre terme ancien qui sonne aussi joli que palabre, n’est-il pas ?). Au loin, mon aîné m’accueille à peine sortie de ma voiture : il a tant et tant à me raconter…Ce soir, nous nous arrêterons autour du souper, je propose « les enfants, si on faisait la palabre ? »  
 
Contents d’être ensemble nous prenons un moment de pause : la palabre avec l’aîné lui permet de se situer, d’être reconnu, de confronter ses idées, ses valeurs naissantes aux nôtres. Elle est aussi l’espace entre les mondes : l’école, le travail, la maison ; elle rencontre le plaisir de se sentir appartenir à cette famille, de se concerter, de faire partie de la décision : D’accord ou pas d’accord ? Pour finir, « c’est toujours les vieux qui l’emportent ! ». « Mais non, pas toujours ! »  
 
Nous pouvons, adultes et enfants être sur un pied d’égalité. Dans la palabre, chacun prend sa place, c’est l’apprentissage de l’autonomie, la démocratie. C’est aussi le moment de raconter les secrets, les recettes des anciens ou les tics de famille : On parle même sur l’Autre, et ça fait du bien !  
 
Ce moment évite aussi les conflits, puisque la palabre nous permet d’échanger les présupposés qui vont fonder notre alliance pour l’action après la discussion. Au cours de ces échanges, nous avons été « avec »chacun, nous avons restauré l’équilibre de notre petite communauté.  
 
Cette fois, c’est la petite dernière qui propose de terminer la soirée par des chansons. Quelle bonne idée pour retrouver notre « ensemble » ! En chœur, les voix résonnent à l’unisson, entre des rires et des fausses notes, la nuit tombe. Entre chien et loup, pour un moment, nous avons cette sensation délicieuse d’appartenir, tous, sans exception, au même clan.  

Marie-Eve Mespouille.

              

 
La psychothérapie d’enfant. Pour le GPASSOBAT, 2004

(Groupement des Psychologues de l’Association Belge d’Analyse
Transactionnelle)

Beaucoup de parents, d’intervenants se demandent ce qu’est une psychothérapie d’enfant, quand elle peut être utile, et ce qu’elle a de spécifique. Ces quelques lignes vont tenter d’initier une réflexion.  
 
Prendre un enfant en psychothérapie signifie de la part du thérapeute, une acceptation inconditionnelle de l’enfant, dans ce qu’il est, au sens de l’Etre qu’il nous dévoile, mais aussi de ses parents. Aucune psychothérapie n’est possible, sans que le thérapeute soit lié aux parents, les respecte, tout en étant centré sur l’enfant qu’il reçoit. Se reposant sur ce principe, la chance du succès est plus élevée.  
 
Le thérapeute a pour tâche d’aider l’enfant à résoudre un problème, un conflit, un mal-être, et lui permettre de pouvoir réaliser les tâches de développement spécifiques à son âge, l’énergie ainsi libérée. La guérison intervient, lorsque on a obtenu le changement désiré, et/ou que dans les secteurs principaux de la vie de l’enfant, les choses se sont apaisées : des tensions au niveau personnel, familial, social, scolaire sont des indices qu’il faut initier/continuer la thérapie.  
 
Nous distinguons quatre étapes dans le travail avec l’enfant : une phase d’approche, une phase d’exploration, une phase de traitement, une phase de consolidation, et ensuite de préparation à la séparation. Chaque phase est une étape de développement en soi, et comprend des aménagements, des techniques spécifiques.  
 
La phase d’approche met en place le lien ; le cadre matériel et l’environnement ont une fonction prépondérante, car c’est à travers le matériel, les jeux, que l’enfant va exprimer qui il est et quel est son problème. Le lien avec les parents est établi par un contrat de type triangulaire.
Dans la phase d’exploration, par la médiation par l’objet, et la créativité, le thérapeute prend une place plus importante, et accompagne l’enfant là où il en est. Il lui propose des tâches spécifiques pour son étape de développement.
Dans la phase de traitement, le thérapeute fournit permissions et reconnaissance, et s’investit personnellement dans la relation pour permettre à l’enfant d’établir des décisions qui seront bonnes pour lui, dans sa vie future.
La phase de consolidation, permet de stabiliser les acquis. L’enfant « revisite » les changements qui se sont opérés (visibles dans cette phrase : avant, j’étais comme ça, maintenant, je suis comme ça !).
La dernière phase est tout aussi importante, car elle vise l’implication du réseau ; elle permet à l’environnement de faire face aux changements de l’enfant et elle permet de se dire au revoir. Dire au revoir est une chose particulièrement appréciée dans les institutions, où l’enfant a été souvent confronté à des séparations et doit apprendre à faire face à cet évènement.
Chaque phase s’appuie naturellement sur un étayage théorique et une observation minutieuse de l’enfant et de sa famille.
Pour terminer, une psychothérapie d’enfant peut se mener en quelques séances, (parfois, un simple recadrage suffit), parfois elle est plus longue, quand les problèmes sont intriqués, avec les parents ou les générations précédentes. Elle donne une grande part à l’intuition et la créativité du thérapeute qui accueille l’enfant pendant ce processus. Elle est source de grande joie.  

Marie-Eve Mespouille.

              

 
Le NON et l’enfant.(pour RIF info, fév 2006)

 
18 mois – un an. Petit Matis se balade à la découverte du monde, ouvre porte et armoires, touche à tout ce qu’il trouve et explore l’environnement. Heureusement, maman est dans son champs de vision, et petit Matis revient de temps en temps vers elle, pour se rassurer de toutes ces émotions que les découvertes lui procurent. Un regard d’elle et il repart explorer…C’est souvent à ce moment que l’enfant entend le premier NON de l’adulte : un non univoque, impératif. Surpris, l’enfant refait le mouvement vers l’objet (bien souvent une prise de courant à sa hauteur, ou un objet en équilibre sur la table, vous connaissez) et il réentend ce NON impératif. Etonnement, effet de surprise, il arrête aussitôt son geste qui aurait pu être dangereux. L’enfant a perçu la limite.  
 
Bien plus qu’un simple non, la parole qui interdit rassure l’enfant ; elle lui dit d’abord que maman regarde : il n’est donc pas seul dans l’exploration ; elle lui dit aussi de façon claire qu’il n’est pas tout puissant dans ce monde si vaste qu’il découvre. Le non aurait pu être donné par l’environnement même : l’objet qui tombe de la table sur la tête, le coup de courant dans les doigts, ça fait mal. C’est l’environnement qui le remet à sa place de petit. Très vite l’enfant a compris que par le NON du parent, il échappe au danger ou à la douleur. Et il en est reconnaissant, il obéit. Il obéit d’autant plus qu’il sait ses parents décidés à aller plus loin s’il continue à faire ses bêtises. Mais c’est aussi pour faire plaisir à son parent tout puissant à ses yeux qu’il se soumet. Se soumettre devient un acte d’amour dont il connaît déjà les bénéfices : un câlin après la punition, une permission après une interdiction, l’amour et la reconnaissance : tout cela va de pair. Tout cela lui permet de grandir et de continuer à explorer sans se faire du mal ou de faire du mal aux autres : interdit de mordre, interdit de griffer, de battre, d’insulter : toutes ces règles constituent le fondement même de sa vie en société et lui donne paradoxalement le sentiment d’appartenir.  
 
Peu à peu, en grandissant encore, l’enfant va être capable de dire NON à son tour : il vous regarde fièrement dans les yeux, vous toise de toute sa petite personne : il intègre avec ce NON la permission d’être lui-même, un petit homme qui a le droit de s’ériger, de se faire respecter, d’être complètement séparé de la volonté des adultes, c’est le début de l’autonomie. Les adultes en sont conscients, car ce premier NON les étonne, les surprend ; la preuve, leur premier mouvement est d’en rire. ! Oui, le petit d’homme fait bien partie du clan, il est capable d’autorité et de se soumettre aux gens de sa famille. Pourquoi ceux là ? Parce que l’amour, ça pardonne tout… Dans ce jeu de face à face se construit la hiérarchie dans la famille, la place de chacun qui est un repère : c’est à celui qui dira le NON le plus fort, et on verra bien qui gagnera. Bien souvent le papa, contre toute attente se fait entendre, c’est le début de la triangulation : pour devenir comme lui, il faudra bien que le petit bout fasse tête basse. Ce n’est pas toujours de gaieté de cœur, mais c’est pour la bonne cause : combien d’enfants difficiles n’ont pas vécu cette frustration : demandez aux intervenants qui travaillent avec des jeunes…  
 
De non en non, de frustrations en frustrations, l’enfant va se construire pour devenir l’adulte d’aujourd’hui. Lui connaît le prix de tous ces efforts qu’il a fallu déployer pour grandir. Il en découle les notions de valeurs : valeur de la vie, valeurs des choses qui ont coûté, mémoire des instants partagés. Puis un jour, bienvenue à l’enfant qui arrive à son tour. Transmission.  

Marie-Eve Mespouille.

              

 
Le blues de la psy.(pour RIF info, août 2005)

 
C’était vraiment une très belle araignée…En rentrant les fleurs du jardin où je les avais déposées afin qu’elles prennent l’ondée et aussi le soleil, j’avais fait un passage par la cuisine. Là, sur l’évier, je l’avais laissée s’échapper, un peu surprise par sa belle robe jaune et noir. Je m’étais dit : « tiens, une araignée de cette sorte, ce n’est pas habituel dans une maison !». Trop fainéante pour la remettre dehors  
- dans ce cas là, il faut trouver une boite pas trop grande, avec un couvercle à rabats, recouvrir la bestiole, et hop, refermer au moment où l’araignée est dans la boîte ! Et si la boîte n’est pas transparente, il faut attendre…On ne sait jamais à quel moment elle quitte la surface de son support pour se laisser attraper, ça prend des heures…Un peu rebelle, l’araignée, n’est-il pas ? D’habitude, surmontant ma répulsion, je la jette ensuite à quelques mètres de la maison pour être sûre qu’elle aille… se faire voir un peu plus loin. Mais cette fois - çi, je décide de ne rien faire. « Qu’elle se débrouille ! »  
 
Cette nuit, je descends boire un verre de lait dans la cuisine : insomnie, deux heures du mat j’ai des frissons. Peut-être que le lait va me faire dormir, souvenir de tout-petit… Comment fait-il dehors ? Du vent, de la pluie. Derrière MA fenêtre, derrière MES géraniums (tiens, pourquoi ce pronom personnel ?), entre l’embrasure et le battant, elle est là, au milieu d’une très belle toile, agitée par le vent. Comment est-elle arrivée ? Mystère et boules de gommes ! Mon araignée serait-elle passée par un petit trou, subrepticement (j’adore ce mot) ? Ou aurait-elle profité de la chaleur du dimanche où nous avons ouvert la fenêtre béante à ce début de printemps ?  
 
Elle est là, magnifiquement centrée dans le tissu de sa toile. Sous les coups du vent, la toile s’agite, se gonfle et se dégonfle comme un parachute à ’atterrissage. La pluie fait une dentelle des fils qui reflètent les lumières de la ville.  
 
Insolite à cet endroit pas naturel pour une habitante des jardins, mon araignée se laisse admirer, superbe dans son manteau de nuit, les huit pattes recroquevillées sous elle, elle attend. Le frémissement d’un insecte, une proie. Moi, je m’extasie. Sortie toute seule du dédale de ma cuisine, elle a fait son chemin vers la liberté, sa liberté : elle a construit sa toile sans réfléchir, simplement en suivant le programme de la vie ; elle a trouvé un endroit qui lui convient, s’est adapté aux contraintes du lieu. Et maintenant, l’immobile.  
 
Magnifique, arrogante, mais là, j’interprète. « C’est une bonne idée, cet endroit, pense-je, la fenêtre attire la lumière et les bébêtes qui s’ y agitent ». Guidée par son instinct, mûri par des générations et des générations d’arachnides (encore un joli mot), mon araignée fait ce qui est bon pour elle. C’est si simple.  
 
Soulagée, je regarde l’araignée se détacher de la nuit, dans son joli filet balancé par le vent. Je me dis : « encore une dont je ne dois pas m’occuper ! ». « Elle se prend en charge toute seule ». Apaisée par le tryptophane du lait, je m’embrume encore un peu la tête avec le mot « autonomie », «concept », « araignée ». Puis je m’en retourne dans ma chambre rêver à d’autres éléments.  

Marie-Eve Mespouille.

              

 
Le sens des vacances (pour RIF info, septembre 2006)

 
Tu m’avais dit : « a travel to London ?” Je n’avais pas eu d’été, j’avais dit oui ! Tu avais réservé l’hôtel, tout près de chez toi. Tu me l’avais présenté, LUI, sur ta webcam, Il était très sympathique, un english pur terroir. J’étais partie, 6 h du mat. Du temps rien que pour soi. A 9 heures Greenwich, j’étais là, Waterloo Station. .. On s’était ratée de deux minutes, because le métro : « la ligne noire depuis chez toi se sépare en deux », tu t’étais trompée de road « Sorry Mum ! (Excuse-moi, maman !)» On avait pris one ticket et trouvé la rame bigarrée qui nous conduirait to your village, un quartier de Londres very calm. It was very exciting to... visiter une région inconnue, se laisser émerveiller, faire un break, une pause. Lâcher prise au bras de ma chérie, se retrouver ! Tout peut paraître beau, nouveau, stimulant ! Deux bus, trois lignes plus loin, on arriva chez toi, un loft très cosy. Tu me présentas tes co-locataires. Rencontrer de nouvelles personnes, parler un autre langage. Mon anglais était vraiment très spécial. Avec LUI, ce fut différent : Il parlait lentement, pour que je puisse lire sur les lèvres. Rencontrer l’autre culture. J’avais l’impression d’avoir débarqué sur une autre planète. On avala le premier breakfast-Beans - saucisses et french croissants. C’était délicieux.  
 
- O.k to play tennis ? Yes. Ce n’était pas Wimbledon, mais devant ta maison, le Park grouillait de vie. Je remarquai même un charmant gentleman. Il (ton aimé) arriva avec votre nouvelle voiture : une vieille MG des années 60, verte et courte sur pattes. Je croyais rêver. Je me revoyais trois décennies en arrière, avec ton père lors de notre voyage de noce…Sauf qu’alors, exit la belle-mère. Se souvenir, faire le bilan…  
 
Il (LUI) nous emmena faire un tour. Se délecter de chaque seconde. Profiter de la vie, sans les contraintes habituelles. C’était beautiful ! Tu me ramenas à mon hôtel. La voiture stoppa au milieu du carrefour, No problem, just a panne d’essence ! Le policeman était patient, no papiers, no assurance, tu faisais semblant de les chercher. Jouer. « Mon cœur était triste et j’avais mal au pied ». Ecouter de la musique. La nuit, I had a dream (rêver) : « Je grimpais un escalier qui n’en finissait pas ». Dormir, se reposer. Le matin, encore des beans - saucisses. Rechercher le dépaysement. N’empêche, demain, je serais contente de retrouver mon home !  
 
Métro, bus, nous allons à Trafalgar dépenser my money ! Shopping dans les grands magasins, siroter une bière dans un PUB, manger un fish and chips ! Trouver du plaisir. British museum, National Galery : Observer, découvrir, se cultiver. A 16h40, un pickpocket me vole mon portefeuille ! Faire de nouvelles expériences, trouver du sens aux évènements vécus. Plainte au commissariat de police : autour de nous une dizaine de personnes vient pour la même chose : vol à la tire. Sentir la communauté humaine, échanger. Avoir quelque chose à raconter à son retour …J’ai tout perdu : bankcard, identité card, money, photos, et aussi my pink glasses (oh, mes lunettes roses !) Se détacher des choses matérielles.  
 
Nous rentrons au logis. Se laisser gâter, ne rien faire, juste être là, faire l’expérience du lâcher- prise. Ton boy-friend cuisine vraiment très bien ! Recevoir toutes les bonnes choses de la vie. A 22 h, marre de l’anglais, marre du film, un gros coup de blues : « Oh, mes lunettes roses !» Je pleure dans tes bras.  
 
A 5 heures du mat, lundi, vous me prenez devant l’hôtel. Dans la voiture, direction l’Eurostar, je déprime. Tu me donnes un kiss. Je dis « encore ! » Tu me donnes un autre kiss : « Mmh ! ». Tu LUI traduit : « My Mum only need kisses (ma maman a seulement besoin de bisous) ! Je rayonne, j’ai compris : Soudain, ma vivacité d’esprit retrouvée, je prends conscience de l’essentiel : les vacances, le voyage à Londres, le train, l’hôtel : tout cela, et j’avais oublié l’essentiel, je n’avais pas su prendre le temps : Surtout, j’étais venue seulement pour Echanger des bisous ! ! !  
 
Vous l’avez deviné, l’essentiel de ce texte se trouve en gras, il suffit de le relire l  
Avec plaisir !  

Marie-Eve Mespouille.

              

 
L’enfant au sein du couple parental (pour RIF info, Août 2005)

 
Ils étaient deux : amour - fusion, amour – toujours, les voilà trois désormais. Avec la venue de l’enfant, on a affaire à une première triangulation du couple parental : on ne peut plus penser seul à l’autre, pour l’autre, on se met à penser à 3, avec l’autre. Différents problèmes se posent :  
 
Le père :  
- Va-t-il trouver sa place dans la nécessaire « fusion mère-enfant » des premiers jours ? Une place de père, question existentielle à laquelle le couple est confronté. Des concepts actuels comme « père-manquant, fils manqué » (Guy Corneau) ou encore d’« homme lunaire » (Paule Salomon) ne nous disent ils pas toute la difficulté actuelle de cette transformation ?  
- Question angoissante, quelle place de mari/compagnon va-t-il garder ou devoir réinventer auprès de cette femme/épouse/compagne et mère toute consacrée à sa maternité. On sait aujourd’hui que beaucoup de maltraitances ou violences familiales débutent à cette période de changement de vie du jeune couple.  
- Quelle sorte d’homme / modèle pour son fils/sa fille va-t-il être, ayant intégré lui-même son propre père, sa propre mère – et leurs relations - dans son psychisme ? Que va-t-il en reproduire auprès de cet enfant ? Tout cela avec les images, fantasmes et expériences réelles qu’il a l’occasion de faire. Sera - t’il autoritaire ou lâchera-t-il prise à la moindre contrariété ? Et l’on sait combien la venue d’un enfant en amène un cortège : depuis les soucis matériels, comme l’aménagement d’un lieu pensé pour lui, l’aspect financier (comment allons-nous le nourrir ?), les soucis éducatifs (quelle école choisir ?) psychologiques et moraux (à qui va-t-il ressembler, quelles valeurs lui transmettre ?).  
 
La mère :  
- Pour la mère, il s’agit de donner au nourrisson tout le maternage qu’elle a reçu de sa propre mère - qu’il faudra parfois réinventer lorsqu’elle a peu reçu – et plein de choses attendues par la société : comment être une bonne mère, une bonne épouse, amante et compagne, et une professionnelle hors pairs à la fois ?  
- Le plus important, sans doute, est que dans leurs relations, elle puisse donner au père une place dans cet attachement qui la prend toute entière, corps et âme : une place physique, mais aussi morale. Ceci est exprimé dans cette jolie phrase « Elle / Il lui a donné un enfant ! ».  
 
L’enfant :  
- Pas n’importe quel enfant, mais leur enfant, càd le fruit de leurs deux lignées respectives mélangées (et parfois incompatibles…) L’enfant, lui, naît dans cette histoire qui n’est pas la sienne et qu’il va incorporer. Il en fera même un cadeau personnel au monde selon ce qu’il en aura reçu et selon la direction qu’il aura prise. C’est alors qu’il quittera le sein des parents pour prendre son autonomie.
Ces relations se complexifient lorsqu’il y a rupture ou divorce : enterrant le couple conjugal, le couple parental va devoir inventer une façon nouvelle de fonctionner pour répondre aux besoins fondamentaux de cet enfant unique. Cela demande d’éviter « l’enfant otage », et de s’ouvrir le cœur (parfois à coups répétés, si la leçon ne porte pas) aux systèmes personnels et familiaux entraînés dans l’aventure.
C’est à ce prix que l’enfant, le couple va grandir pour arriver au bout de sa tâche éducative et combien sympathique du fondement d’une famille.  

Marie-Eve Mespouille.

              

 
La peur chez l’enfant (pour RIF info, fév 2005)

 
Calé entre son doudou qu’il triture nerveusement, le jeu de carte laissé sur le bord du fauteuil et son game-boy , Mattis , les yeux rivés à l’écran ne répond pas à mon appel : Mattis, où es-tu ? Je m’approche de lui, jusqu’au moment, où moi aussi je découvre les images horribles du ras de marée, l’eau qui monte, les parasols emportés, les corps qui se débattent. Je me rappelle mes pires cauchemars : ceux où je meurs noyée sous des amas d’eau, laissant mes enfants s’enfoncer dans le tourbillon glacé; souvent, c’est à ce moment là que je me réveille, tétanisée par la peur et la culpabilité…  
 
Heureusement j’ai pu souvent raconter la scène à mes proches qui m’ont écoutée, rassurée, comme je le fais moi-même avec mes petits lorsqu’ils sortent d’un cauchemar : Les parents sont là pour mettre des mots sur les choses, et leur présence rassurante a souvent raison des simples peurs de la nuit. Mais ici, les images sont réelles, terribles et les mots difficiles à mettre, car mon cœur a moi est choqué par les images passées et repassées sur les écrans. Bien ou mal ? En ce qui me concerne, la répétition a été profitable : J’ai pu à chaque fois que je voyais les images recycler mes émotions, retravailler mes pensées. J’ai même fini par agir, ce qui est le but de l’émotion de peur. Mais qu’en est-il pour l’enfant ?  
 
Des études sur l’impact télévisuel de la violence montrent que des images de fiction agressives : films, dessins animés et même les feuilletons de télé réalité dans lesquels l’enfant s’identifie aux héros, lui permettent , par un mécanisme « cathartique », d’évacuer ses propres désirs agressifs et /ou de violence. Mais qu’en est-il des images de la réalité ?  
 
Soumis à ces images, l’enfant s’identifie plus facilement aux personnes impliquées : voit-il une petite fille avec sa mère, entourée par les flots qui le ramène à sa propre mère et à lui-même ? Il en parlera plus tard, en rêvera, ou dessinera le contenu inconscient qui le tracasse. La vision terrible devra d’une façon ou d’une autre être élaborée par le petit d’homme, sous peine de provoquer des troubles, voire une somatisation.  
 
J’ai reçu en consultation une vague d’enfants terrorisés par les évènements du onze septembre. Ils ne savaient pas parler de leur peur, ou très vaguement : des fantômes cachés sous le lit, des spectres derrière les fenêtres. Parfois ces visions avaient même précédés les événements, ce qui me laissait supposer un terrain sensible prédisposant chez la mère, ou le père. Puis l’enfant se mettait à dessiner : un avion, une tour, des flammes, sans savoir qu’il s’agissait des tours jumelles, jusqu’au moment où le père me racontait qu’il avait passé des heures plantés devant les infos, comme prostré, au détriment du regard sur son enfant qui assistait aux mêmes scènes. La mise en parole des événements, des émotions qui y sont associées mais surtout le regard attentif et le contact physique chaleureux avec les parents permet souvent en quelques séances de rétablir l’équilibre soudain rompu. Ce qui reste coincé, sans distanciation possible, comme c’est aussi le cas pour des deuils très graves d’un proche dans la famille, doit être mis à la conscience. L’énergie retrouvée peut alors servir à nouveau d’autres préoccupations : l’école, le parentage, les activités habituelles.  
 
L’enfant qui a peur a surtout besoin de la parole rassurante de son parent, de son éducateur pour la mise en mots, la mise en pensées de ce qui sidère : trop de peur crée un stress (l’hormone noradrénergique), bloque le processus de pensée, alors qu’un peu de stress stimule la capacité de défense : chez les animaux, elle favorise la fuite, ou la tétanisation, selon les espèces. Observez une poule qui à la vue d’un épervier s’aplatit au sol, alors qu’un chien se mettra à courir après l’oiseau !  
 
Si le parent est hypersensible ou incapable de réagir, car connecté à sa propre histoire, l’enfant doit trouver un autre endroit d’élaboration, un tuteur de résilience, comme se plait à le nommer Cyrulnik . Celui-ci explique que des traumatismes comme la guerre, les génocides ont besoin de plusieurs générations pour s’évacuer : les petits enfants des survivants de l’holocauste résilient seulement aujourd’hui ce que leurs grands – parents n’ont pas pu mettre en mot pendant 60 ans. Des deuils non résolus : fausses couches, morts en bas âge, suicides ou simples accidents, même tus ont le même effet dévastateur. Nous les trouvons dans les Constellations Familiales.  
 
J’ai reçu en consultation une petite fille de 5 ans, l’air émacié, pâle et absent.
A l’anamnèse j’appris que le grand-père maternel était décédé d’une longue maladie, qui avait pris toute l’attention de la famille les mois précédents. Pire, l’enfant dormait dans la chambre qui avait servi de chambre funéraire pour le grand –père. La mère m’expliquait que l’enfant y jouait, pendant des heures, prostrée, tournée vers le miroir de la garde-robe (où avait été mis le lit du mort) et ne répondait pas aux appels. L’intervention a permis de faire le lien et donné l’occasion à l’enfant, et surtout la mère, de vraiment dire au revoir malgré la douleur. Le papa a pu reprendre sa place bien vivante auprès de l’enfant et de son épouse. Des rituels de nettoyage de la garde – robe ont été effectués, la chambre remise à neuf… Retrouvant le rose aux joues, la petite fille a réintégré l’école dans la semaine.  
 
La peur est un sentiment important : à son contact, l’enfant sait qu’il y a un danger : pour lui-même, pour un proche. Il nous renseigne en même temps sur sa capacité d’être vivant : « tu as peur, quel bonheur, c’est donc que tu es vivant ! » La peur est naturelle. Néanmoins rien n’est moins profitable que la peur de la peur, qui panique et peut conduire aux névroses. Imprimée dans le corps de l’enfant, elle a besoin d’être accompagnée en parole, en contact, en reconnaissance par les « grands ». Cela nécessite parfois que celui-ci traite ses propres peurs, et découvre ses propres capacités de rebondissement.  

Marie-Eve Mespouille.

              

 
Aujourd’hui : la difficulté d’être parent, pour RIF info, novembre 2005.

 
Etre parent comporte des difficultés actuelles. Je propose de souligner trois aspects :  
 
1. Le manque de soutien de la famille d’origine, avec parfois comme impact la rupture. Qu’elle soit motivée par des raisons géographiques (travail à l’étranger), émotionnelles, philosophiques (différences de valeurs), économiques, la distanciation d’avec ses propres parents est vécue comme difficile. Les grands-parents peuvent pourtant jouer un rôle de conseil et de soutien auprès des jeunes parents : parler, se sentir entendu inconditionnellement, échanger peut aider le parent à se ressourcer (sentiment d’appartenance) et trouver des solutions avec plus de recul : ne dit-on pas qu’on est souvent meilleur grand - parent que parent ?  
 
2. Le manque de temps à consacrer à la tâche éducative. Elever un enfant aujourd’hui signifie prendre du temps en sacrifiant l’aspect économique. Les parents sont priés, parfois à grand coup de messages psychologiques, de compenser la quantité par une qualité de la relation qu’ils n’ont eux-mêmes parfois pas reçue . On leur demande d’être non seulement les meilleurs au niveau professionnel, mais aussi d’être des parents aimants, performants, parfaits quoi ! Heureusement, nous savons qu’une nécessaire frustration est la condition d’une éducation réussie . Il n’en reste pas moins que la pression est forte. Choisir entre « qualité de vie » en terme de consommation et « qualité de vie » en terme de relation comporte de réels efforts. L’allongement du temps de l’éducation est un autre aspect paradoxal : L’enfant est plus vite autonome, tout en étant dépendant plus longtemps financièrement de ses parents (voyez le film « Tanguy »).  
 
3.Le changement du mode de communication. On est passé à l’ère électronique (GSM, internet, vidéo) où la communication doit être claire, concise, brutale au détriment d’un contact humain, physique, chaleureux et rassurant. Par exemple, on passe plus de temps à parler au téléphone qu’en PRESENCE de l’être aimé. En corollaire, l’enfant est compétent plus rapidement dans le savoir- faire technologique, tout en restant ignorant d’un savoir-être humain transmis par ses parents. Ceci conduit le conflit de générations (qui a toujours existé) sur un terrain neuf, jusque là inconnu de nos ancêtres. Les « comment -faire » adultes d’autrefois ayant perdu leur sens, les enfants se retrouvent seuls au pilotage, ce qui constitue un renversement de l’ordre vital parent - enfant.  
 
En conclusion : Les parents ont à réinventer une nouvelle manière d’être qui soit un soutien pour les adultes de demain. Cela demande de réfléchir à l’essentiel. De mon avis, c’est en montrant comment – être (le souvenir de mon père me prenant sur ses genoux) que les parents d’aujourd’hui peuvent marquer durablement les adultes de demain. Ce nécessaire plaisir demande de changer notre optique de consommation (agir) en optique de relation (être).  

Marie-Eve Mespouille.