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Contes thérapeutiques
Le jumeau
Dans le nid douillet de maman, je n’étais pas tout seul. Un jumeau était près de moi. La petite graine de papa s’était séparée en deux, avait grandi : on était deux.
Mon frère était descendu avec moi à l’intérieur de maman par un toboggan appelé trompe, on glissait doucement. Arrivés tout en bas, dans le fond du ventre, on s’est arrêté sur une paroi lisse, et on s’est accroché avec des lianes.
Pendant ce temps, maman continuait ses activités, comme si de rien n’était.
On s’était installé, en silence, mon jumeau et moi, on s’était attaché, avec les lianes, aux parois du ventre. On s’était senti bien l’un tout contre l’autre et on s’était développé. Car au début, on n’était encore qu’une petite bulle. Mais bien vite on a grandi pour devenir des petits humains.
Au début, nous étions si petits que maman ne sentait rien.
A l’intérieur, il y avait beaucoup de place, nous avions fait notre plaine de jeu : nous pouvions nous balancer, faire des pirouettes, du trampoline, et même du football avec nos pieds qui commençaient à pousser.
Pendant ce temps, le ventre grossissait à vue d’œil, on aurait dit un ballon qui gonflait. C’est à ce moment que maman nous a présenté à toute la famille.
Mais nous restions cachés à l’intérieur du ventre de maman, personne ne pouvait nous voir. Il n’était pas encore temps de nous montrer. Nous étions chacun dans une poche, entourés d’eau pour nous protéger.
Je pouvais déjà entendre mon jumeau à travers la poche. Cela faisait boum, boum, boum régulièrement ! C’est le cœur de mon jumeau qui battait, et j’étais très content.
Parfois j’avais l’impression que nous étions plusieurs, et je tendais l’oreille. Mais plus tard je n’ai jamais vu que nous deux.
J’entendais aussi le cœur de maman et beaucoup d’autres bruits, des glouglous, et aussi des autres sons qui venaient de l’extérieur, comme la voix de papa. Mon papa savait qu’on était là, et il chantait pour nous deux. J’entendais sa belle voix grave résonner à travers les glouglous, et j’avais envie de danser. Par moment, j’entendais le silence, et je m’endormais, avec mon début de pouce en bouche, pour me rassurer.
Mais ce qui m’intéressait le plus, c’était mon frère, tout à côté de moi. Un beau jour, mes bras étaient assez grands pour le toucher, alors, je lui donnais la main.
J’aimais déjà beaucoup mon frère ; je sentais dans l’eau, à l’intérieur du ventre de maman, quand il était triste. Alors, j’étais triste aussi. Je sentais aussi quand il était joyeux, et je jouais avec lui.
Parfois, il se mettait en boule, loin de moi et je ne pouvais pas le toucher ; cela me faisait râler. Mais je le comprenais : moi aussi parfois j’avais besoin de place pour m’amuser.
Parfois, la plupart du temps, nous dormions, paisiblement.
Et nous nous développions.
Nous étions devenu assez grands pour que papa aussi nous sente à l’extérieur du ventre de maman ; nous donnions des petits coups de pieds et papa mettait sa main, tout près de nous. Quand papa nous parlait, nous nous rapprochions de lui, à travers la paroi du ventre. Il pouvait nous appeler par notre prénom.
On lui faisait des bisous, à travers la paroi du ventre. Nous étions très heureux.
Bientôt, nous sommes devenus plus grands.
Même si le ventre avait encore gonflé, il était devenu trop petit pour nous deux.
On était obligé de se serrer très fort, l’un contre l’autre, trop fort !
On était vraiment de plus en plus serrés.
Mon jumeau, pour me faire de la place, s’était retourné, la tête en bas. Mais cela ne suffisait pas.
Nous étions bientôt prêt à naître.
Alors, tout s’est précipité.
Le ventre de maman s’est mis à balancer, à se tortiller, à presser très fort nos petits corps dans tous les sens. J’étais complètement perdu.
Mon frère s’est mis à pousser aussi contre moi, avec ses bras, ses jambes et tout son corps, il me faisait mal, il voulait absolument s’en aller. Alors, il est parti, le premier.
Je suis resté seul, un long moment. J’ai cru que j’allais mourir !
Et puis, moi aussi, je me suis retourné, la tête en bas, et j’ai poussé avec mes pieds dans le fond du ventre sur quelque chose de dur.
Cela m’a permis de sortir, d’abord la tête, à l’extérieur du ventre de maman, ensuite mes épaules, et le reste du corps, cela glissait à nouveau, j’étais dans une mer d’huile.
Arrivé dehors, j’ai vu papa, maman et tout un tas de monde autour de moi. Mon frère était déjà dans les bras de ma maman. Il m’attendait, les yeux grands ouverts.
Des mains m’ont posé sur ma maman, juste à côté de mon jumeau. Et nous avons souri. Nous étions de nouveau ensemble.
Mon frère et moi, dans la vie, on est presque toujours par deux. On rit, on joue, on pleure, on mange, on va chez un ami ensemble.
Quelquefois, on se tourne le dos, pour aller voir ailleurs, c’est nécessaire d’être INDEPENDANT, mais cela ne dure jamais longtemps.
Le soir venu, on est rudement content de se retrouver ! On va dormir à la même heure, on prend le bain en même temps, maman dit que nous sommes en FUSION. Et, même si on a chacun sa chambre, parfois l’un de nous deux rejoint l’autre en cachette dans son lit.
Et, comme dans le nid douillet de maman, on se retrouve au petit matin dans le lit : moi, la tête en haut et mon jumeau la tête en bas. 13/5/08
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